Yousef al-Mohaimeed. Loin de cet enfer. Trad. d'Emmanuel Varlet. Actes Sud, 120 p.

Il n'avait pas compris, Turad, que le silence était la meilleure protection pour les sans-grades comme lui. Qu'il ne fallait surtout pas répondre aux petits fonctionnaires qui prenaient plaisir à l'humilier en le battant jusqu'au sang. Il fallait se taire et se draper dans le mystère comme l'avait toujours fait Tawfiq le Soudanais, son frère en mauvaise fortune. Aujourd'hui, Turad a pris la décision de quitter Ryad, la ville qui l'a vu choir, lui le vieux Bédouin, le fils du désert qui savait parler aux loups et aux acacias. Errant à la gare routière, il ressasse ses souvenirs et se laisse enfermer, plus sûrement encore, dans la fournaise sans issue. Loin de cet enfer est le deuxième roman du Saoudien Yousef al-Mohaimeed. Par un jeu d'échos tragiques, il fait le portrait d'une société à vif où la rudesse du désert répond aux violences et aux inégalités hurlantes de la ville. Accablé par la chaleur et la fatigue, Turad trouve, sur une banquette de la salle d'attente, un dossier oublié. Il l'ouvre. Des papiers d'état civil, des photos d'une vie encore plus dévastée que la sienne. Il s'y accroche, en reconstitue l'histoire. Cette enfance volée répond à la sienne et à celle de Tawfiq. Trois récits, trois vies qui brûlent en enfer.