Anne Delbée. La 107e Minute. Les Quatre Chemins, 109 p.

Jean-Philippe Toussaint. La Mélancolie de Zidane. Les Editions de Minuit, 18 p.

Et soudain Zinédine Zidane est devenu Hector le Troyen jeté hors de lui par Achille le Grec. C'est l'écrivain et metteur en scène Anne Delbée qui le dit dans La 107e Minute. Il n'aurait pas supporté l'injure faite à la femme - sa mère, sa sœur, son épouse. Pour laver son honneur, suggère encore la comédienne, il frappe d'un coup de tête le thorax de son offenseur, Materazzi. Zizou serait alors un héros de tragédie antique. Œdipe, si on veut. Adulé d'abord, il est un instant aveuglé, puis mis au ban de la société. Hors jeu. C'est là qu'il renaît à lui-même, écrit encore Anne Delbée.

En ce 9 juillet 2006, jour de finale de la Coupe du monde, le stade olympique de Berlin aurait eu la grandeur des amphithéâtres grecs. Et le match entre l'Italie et la France la violence d'une tragédie de Sophocle. Zidane transgresse l'ordre, chute, se dépouille pour toucher à une vérité supérieure. Le parallèle séduit. Le sport fabrique de l'épopée en série, rejoue, sans qu'on s'en lasse jamais, une pièce où un héros se dépasse, décline et meurt - symboliquement.

Femme de théâtre, Anne Delbée donne donc à l'acte de Zidane une hauteur que peu lui soupçonnaient. Cette glorification procède d'un élan amoureux. C'est sa beauté. Et l'écriture? Disons que trop de lauriers, de flammes et de cendres accablent le lecteur.

Autre ligne de fuite chez Jean-Philippe Toussaint. Dans La Mélancolie de Zidane, il s'identifie au joueur - l'écrivain était au stade. Zinédine aurait eu peur de s'accomplir, puis de disparaître. Angoisse de mort au seuil de l'apothéose. Toussaint connaît: «La mélancolie de Zidane est ma mélancolie, je la sais, je l'ai nourrie et je l'éprouve.» Comme Anne Delbée, il vampirise le héros. Sans en épuiser le mystère. Zidane le mutique reste insaisissable.