Une plante qui rend heureux! Phytogénéticienne dans un laboratoire qui a fait des manipulations génétiques son fonds de commerce, Alice a mis au point une nouvelle espèce dégageant une odeur ayant l’effet d’un antidépresseur. Mère célibataire entièrement dédiée à son travail, elle est par contre incapable d’offrir à son fils Joe autre chose que des plats précommandés qu’ils avalent tard le soir. Un jour, enfreignant le protocole, elle lui apporte une plante, comme si celle-ci pouvait compenser son absence. Malgré lui, l’ado va devenir le premier cobaye d’une fleur rouge sang baptisée Little Joe.

L’Autrichienne Jessica Hausner s’est fait connaître en 2001 avec Lovely Rita, portrait d’une jeune fille en mal de repères montré à Cannes dans la section Un Certain Regard, où elle est revenue à deux reprises, avec Hôtel (2004), tentative auteuriste d’aborder le film d’épouvante, puis Amour fou (2014), film d’époque autour du romantisme suicidaire de Heinrich von Kleist. Entre deux, elle a signé Lourdes (2011), réflexion philosophique autour de la foi et du miracle.

Musique conceptuelle

Si on devait résumer son cinéma malgré la disparité de ses réalisations, on pourrait dire que Jessica Hausner questionne la manière dont nos actions conditionnent notre vie. Dans Little Joe, son premier long métrage en anglais qui la voit accéder au Graal de la compétition, elle semble se demander si le bonheur, dans nos sociétés occidentales, ne serait pas une sorte d’utopie. Car finalement, Little Joe ne rend pas littéralement heureux. Les pollens qu’elle libère poussent plutôt ses propriétaires à ne penser qu’à elle, et du coup à oublier qu’ils sont peut-être malheureux.

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Afin d’appuyer son propos, la réalisatrice use d’une mise en scène lente et clinique. En résulte une baisse de rythme notable, passé une première partie intrigante. Mais le plus lassant est peut-être, au-delà d’un récit qui se délite petit à petit, la manière dont elle abuse d’une musique conceptuelle, comme si elle n’arrivait pas à susciter le trouble autrement. Autant on sortait de Lourdes ébranlé, autant on est ici agacé.