Du sang-froid et le sang chaud. Voilà ce qu'il faut au public de Living-room dancers, insolite projet en plein air de la chorégraphe Nicole Seiler. Du sang-froid pour ne pas perdre le nord dans ce jeu de piste qui mène à la Cité de Lausanne depuis le quartier de Sévelin. Et le sang chaud, pour résister à la neige et à la pluie pendant l'heure et demie que dure la sortie. Mais quel bonheur, cette observation à la fraîche de danseurs évoluant dans un salon! Un peu de voyeurisme, beaucoup d'exotisme et la saveur de l'action.

Le principe est simple. A l'Arsenic, chacun des vingt spectateurs reçoit une sacoche contenant une paire de jumelles, un mp3 et un plan de Lausanne. Leur butin en bandoulière, les braves affrontent le crachin pour aller voir, dans des appartements signalés par un néon rouge, un danseur de claquettes, des ados en pleine fièvre electro, une comptable adepte de la pole dance (strip-tease) ou encore des couples de salsa ou de tango. Le public au froid, eux au chaud.

L'effet est magique. Un mélange étonnant de proximité et d'éloignement. Et cette musique, autoportée, qui continue à courir sous les flocons quand on a quitté la lucarne d'exhibition.

A travers cette expérience, Nicole Seiler questionne notre part de voyeurisme - certains profitent des jumelles pour voler une seconde d'intimité à des appartements qui ne sont pas associés au projet...

Elle questionne aussi le besoin de ces danseurs amateurs de se montrer. Mais plus largement, la chorégraphe salue l'enthousiasme qui habite ces passionnés. Une foi dont témoigne le documentaire de Bastien Genoux diffusé à la fin du parcours. «Jamais je ne vivrai sans la danse», «le mouvement me révèle», y répètent les amateurs, rois de la soirée. On les croit, ils sont renversants de sincérité.

Jusqu'au 14 décembre, à l'Arsenic, à Lausanne, 021/625 11 36, http://www.arsenic.ch, 2h