Alexandre Friederich et Pascale Favre. art & fiction, 128 p.

Une montre, achetée à Bangkok, perdue à Bali, rachetée au Mexique, donnée en Syrie pour éviter des problèmes sérieux, retrouvée sur Internet. Les allées et venues de la Casio si fort désirée dessinent la galère des voyages sans le sou, les brouilles, l'ennui, les ennuis, quand les soucis matériels érodent la capacité d'émerveillement. Au bout du «road movie à cristaux liquides», bien des tours de cadran plus tard, des enfants sont nés, des couples se sont défaits, la montre est restée accrochée à une branche d'arbre à Genève. Alexandre Friederich a déjà montré son art du peu avec Trois Divagations sur le Mont Arto (Ed. Harpo et Héros-limite). Il récidive avec ce récit délicieux, économique, juste dans son art du détail, en dehors des stéréotypes du genre. En quatorze dessins, Pascale Favre construit des paysages urbains, des géographies étranges qu'elle défait pour les reconstituer en mécanismes d'horlogerie et les disloquer à nouveau jusqu'à l'effacement final. Une petite merveille de plus aux Editions art & fiction.