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Le livre qui a divisé l’Allemagne

«L’Allemagne disparaît», de Thilo Sarrazin, vient d’être traduit en français. A lire, malgré les thèses douteuses, pour comprendre pourquoi tant d’Allemands – mais aussi de nombreux Suisses – rejettent l’immigration «massive»

Paru en 2010 sous le titre Deutschland schafft sich ab – L’Allemagne disparaît –, le livre provocateur de Thilo Sarrazin avait fait scandale et divisé l’Allemagne. Il a valu à son auteur, un économiste et ancien ministre des Finances du Land de Berlin, le fait d’être menacé d’exclusion du Parti social-démocrate (SPD) et sa démission forcée du directoire de la Bundesbank.

Caricatures racistes?

L’ouvrage, qui vient d’être traduit en français, prétendait prouver que la volonté d’intégration des migrants est influencée par leur provenance géographique et leur appartenance religieuse ou culturelle. Bien entendu, c’est l’origine turque et la religion musulmane qui sont au cœur de la critique de Thilo Sarrazin. Parfois de manière si caricaturale que cela avait valu à ce dernier d’être accusé, à gauche, de xénophobie anti-islam, voire de racisme. Il est vrai que, provocateur jusqu’au bout, l’auteur, dénonçant «la bêtise qui rampe» à cause des flux migratoires, prédisait la disparition de l’Allemagne sous le flux de ses immigrants.

Ses thèses les plus douteuses et les plus dangereuses touchent notamment au prétendu caractère héréditaire de l’intelligence et au «darwinisme culturel».

On aurait tort toutefois de rejeter l’ouvrage et son auteur sans autre forme de procès. D’autant plus que les thèses de Thilo Sar­razin renvoient à la situation et au débat en Suisse, à laquelle l’auteur fait souvent référence. Pour analyser l’évolution sociale et éducative, celui-ci s’appuie sur des statistiques officielles très détaillées montrant, par exemple, que si, en Allemagne, 15% des femmes ne possèdent pas de diplôme, elles sont 50% dans la communauté turque. De même avec le taux de chômage des jeunes, qui atteint 45 voire 60% dans certains quartiers de Berlin. Mais en attribuant la responsabilité à la religion ou à l’origine communautaire seule, sans se préoc­cuper du contexte social, Thilo Sarrazin pratique des amalgames contestables.

Lorsqu’il décrit l’abus du système de protection sociale allemand, ou l’incitation au dé­sœuvrement que le paternalisme social induit, les difficultés d’apprentissage de la langue dans des quartiers à forte densité d’immigrés, ce sont des réalités que tous les observateurs en Allemagne ont pu vérifier. A lire pour comprendre pourquoi 60% des Allemands, et sans doute autant de Suisses, se déclarent d’accord avec ces thèses.

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