Éditorial

Livre sur écrans

ÉDITORIAL. Au Livre sur les quais, un jour entier est consacré aux noces de la littérature et de l’image, un mariage de plus en plus étroit

Au Livre sur les quais, qui s’ouvre ce jour à Morges, lectures, discussions, croisières et dédicaces vont faire danser les mots et le papier. Mais une part de la fête passera par les écrans: parce que plusieurs films tirés de romans seront projetés, parce que des tables rondes parleront écriture et montage, parce que des œuvres littéraires tenteront d’atteindre des gens de cinéma lors d’une journée spéciale intitulée Traversée de l’adaptation.

Le Livre sur les quais l’a compris: la littérature et les écrans ont beaucoup à se dire, à échanger. Dès son invention, le cinéma se mit à frayer avec le roman: en 1902 déjà, Georges Méliès adaptait De la Terre à la Lune de Jules Verne à travers Le Voyage dans la Lune.

Les deux genres ont en commun le récit, la narration, le découpage et le montage, la durée et l’artifice. Ni l’un ni l’autre n’est un art vivant. L’un traduit le réel en mots, l’autre en images. Pellicule et papier, l’une et l’autre imprimés, se répondent.

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Si la littérature a fourni des milliers de sujets au cinéma, l’inverse, plus modeste, existe aussi: la novélisation – très en vogue outre-Atlantique à un moment donné – a fait naître des romans de films, comme 2001: L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke. Aujourd’hui, des séries comme Borgen, nées pour l’écran, se déclinent en livres, afin de prolonger leur succès. Le transfert est toutefois beaucoup moins significatif dans ce sens: la littérature a pour elle des siècles d’avance.

Aujourd’hui, les éditeurs, et parfois les auteurs eux-mêmes, ont l’écran en ligne de mire. Les droits de certains textes partent avant même leur publication; des romans semblent déjà découpés et montés pour devenir film ou série, tandis que des livres, à l’image du feuilleton littéraire Stand-by ou des romans pour ados After, empruntent leur forme aux séries télé. Des écrivains, comme Niccolo Ammaniti et son Miracolo, choisissent parfois de créer directement une série plutôt qu’un livre.

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Les deux arts, décidément, sont de plus en plus proches. Et ce, même pour ceux qui les aiment. Le lecteur peut désormais lire son livre sur écran, tandis que films et séries tendent, eux aussi, à se glisser dans l’intimité du spectateur. De plus en plus, ce dernier les regarde, seul, sur son ordinateur, sa tablette ou son téléphone. Aujourd’hui, plus que jamais, le livre et l’écran se rejoignent dans notre goût sans fin pour les histoires.

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