Créatrices et réalisatrices, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond ne cachent rien de la nature de la commande: A livre ouvert, le nouveau feuilleton de la RTS lancé ce samedi 30 août, doit être «une série de prime time qui s’adresse à tous», credo de la chaîne publique. De toute évidence, elle le sera, et c’est dit sans connotation négative: A livre ouvert a ses défauts, mais cette petite saga se déroulant parmi les ouvrages, nichée dans une Lausanne filmée avec appétit, promet une jolie chronique locale, non sans paradoxe: les deux principaux acteurs sont Français. Surtout, les auteures, à l’origine du beau film La Petite Chambre, n’avaient jamais fait de série TV auparavant; mais au final, elles produisent comme résultat, un condensé du savoir-faire local.

A livre ouvert commence par la retraite d’Edouard (l’ancien Deschiens François Morel), qui a longtemps dirigé une bibliothèque soutenue par la Ville, et qui compte désormais écrire un roman. Naguère responsable des acquisitions et collègue de Steve (Felipe Castro) et Christiane (Véronique Reymond elle-même), Michèle (excellente Isabelle Gélinas, de Fais pas ci, fais pas ça) prend la relève. Voici qu’un employé de l’administration vient effectuer un audit. Des subsides publics n’ont pas été utilisés pour les travaux prévus, et des livres anciens, hors de prix, auraient été achetés… Au reste, les employés de la bibliothèque ont chacun leurs petites intrigues et leurs combats ordinaires, tandis qu’Edouard se débat entre sa liaison et sa bourgeoise d’épouse.

Le cadre est posé, les rayonnages abriteront drames et coups de théâtre. L’accusation de malversations, qui va s’aggraver s’agissant de Michèle, sert d’arc dramatique général dans une série au ton globalement léger. Y a-t-il eu complot? Au reste, les deux auteures multiplient les pistes avec, et entre, les différentes figures peuplant la bibliothèque ou gravitant autour de l’institution. En ouvrant sans doute un peu trop de chemins, comme par affolement, pour se ménager le maximum de possibilités au long des six épisodes de 48 minutes. «C’est d’abord lié au lieu», se défend Véronique Reymond. «La bibliothèque rassemble tant de personnalités, et nous voulions qu’elles aient leurs histoires, que les personnages ne soient pas réduits à une fonction.» Et puis, au début, ajoute Stéphanie Chuat, «il faut une densité qui permette aux personnages d’évoluer».

A livre ouvert se signale aussi par son mélange de tonalités. Dans cette ambiance de douce comédie ambiante, traversée de quelques touches sarcastiques sur la haute société locale, voici, en deuxième épisode, un touchant moment de la femme-maîtresse délaissée par son amoureux marié, autant qu’inconstant. Quelques touchantes secondes, un aperçu de la bulle à peine crevée d’une tristesse accumulée.

Les deux scénaristes assument également ce mélange des genres, de l’intrigue quasi policière aux instants intimes. «Nous tenons à la légèreté», dit Véronique Reymond, «mais le ton devient plus dramatique», complète Stéphanie Chuat.

A sa manière, le tandem venu du théâtre, dont la cote est élevée depuis La Petite Chambre, résume – par le bon côté – l’expérience que mène la RTS depuis sept ans avec ses séries locales. Ces histoires que le diffuseur veut donc tout public, familiales, fédératrices, et autres catégories de la pensée télévisuelle. A livre ouvert a sa personnalité; dans le même temps, elle cristallise un artisanat régional. Porté par de bons acteurs, même pour les petits rôles.

L’aventure a duré quatre ans, peu ou prou ce qu’il faut pour un long-métrage. «Mais là, c’est l’équivalent de trois films…», lance illico Véronique Reymond. Avec sa complice, elle dit sa frustration, le constant manque de temps: «Nous écrivions en juin pour commencer à tourner en juillet… Il faut apprendre à nager immédiatement, sinon, on coule.»

D’autant que le feuilleton a eu ses aléas. Il était d’abord conçu comme une volée de 13 épisodes de 26 minutes, jusqu’ici le format usuel de la RTS. Passer à six chapitres deux fois plus longs bouscule la construction de l’ensemble. Et dans une telle fabrique de fiction TV, le maelström est constant. France Télévisions étant monté à bord en mettant quelques moyens sur la table par un pré-achat, il faut remonter le tout pour deux parties de 90 minutes demandées par le diffuseur français.

La RTS n’a guère de goût pour les deuxièmes saisons, mais les deux Lausannoises, elles, reviendraient-elles à la bibliothèque? «Faut voir», lance Stéphanie Chuat. «Pourquoi pas?» colle Véronique Reymond. Et puis, presque en chœur: «Mais là, maintenant, nous aimerions refaire un film…»

A livre ouvert, dès le samedi 30 août, RTS Un, 20h10. En DVD le 3 septembre.