Il est libre, Dany Laferrière. C’est la clé pour comprendre son parcours et son œuvre. Et surtout ce tournant qu’il emprunte depuis 2018 avec le panache et la décontraction qui le caractérisent: il signe depuis cette date ce qu’il appelle des romans dessinés, mariant les dessins aux mots. Il y a d’abord eu Portrait de Paris avec chat. Voici maintenant L’exil vaut le voyage, 400 pages entièrement faites à la main (illustrations et textes), sorte d’ovni dans l’offre éditoriale, un condensé de sa liberté de ton et d’action, un bonheur de lecture où il revisite l’enfance, l’exil, le chemin mystérieux qui transforme un lecteur en écrivain, soit les motifs qu’il explore de roman en roman mais réagencés, placés sous la lumière neuve des couleurs, bleu pacifique, vert émeraude, violet crépuscule, jaune mangue.

Depuis ses débuts, au milieu des années 1980, Dany Laferrière donne d’élégants coups de pied dans toutes les postures ou missions que le marché littéraire attend d’un écrivain qui vient des marges, Haïti en l’occurrence. Non, il ne met pas la résistance à la dictature au cœur de son œuvre (bien qu’il en ait été victime). Il ne s’arrime pas non plus aux étiquettes identitaires, négritude, Caraïbes ou autres. Il aime dégonfler les baudruches des mots cache-misère comme métissage. «La moindre parcelle d’émotion humaine me semble supérieure au plus beau des concepts», écrit-il.