«Un cadeau fatal», ainsi pourrait encore s'intituler ce récit envoûtant et cruel, dont l'argument n'est pas sans rappeler celui du roman de Torgny Lindgren, La Lumière: par les voies du hasard, de la cupidité, de l'ignorance et des coutumes, un «cadeau» du monde extérieur parvient au sein d'une communauté isolée et, contre toute attente, se transforme brusquement en un diabolique instrument de mort. En bordure de mer, un petit village japonais – toujours menacé de famine – entretient un rite aussi étrange que pragmatique: il s'agit d'attirer par des feux, la nuit, les navires chassés par la tempête, afin qu'ils s'échouent sur les rochers en bordure du village et que, une fois leurs survivants tués, ils livrent leur précieuse cargaison.

C'est à travers les yeux d'Isaku, un garçon de 9 ans chargé de surveiller les feux, que nous découvrons comment les villageois, une nuit,

se font prendre à leur propre piège. Les kimonos de soie rouge, les éclats de la tempête, les battements de cœur de l'enfant impuissant, les saisons et la mort semblent littéralement brûler sous le laque impeccable de l'écriture.

Akira Yoshimura, Naufrages, Trad. de R.-M. Makino-Fayolle, Actes Sud, 192p.