Enfants

Livres: danser l’hiver, chanter l’amitié

Sublimé par des images qui sont autant d’œuvres d’art, le cycle des saisons est ici l’occasion de célébrer l’affirmation de soi, l’individualité, mais aussi l’entraide et les sentiments

Les pages de garde et de titre donnent le ton: on est dans le beau, le doux, le délicat. Au premier flocon de neige, le renard roux se demande quelle doit être sa conduite. Chaque animal (selon le principe de l’album-promenade) y va de son conseil: l’écureuil recommande de faire provision de glands, les oies de voler vers les jours chauds, le lièvre de revêtir une fourrure blanche…

Mais le renard ne se reconnaît dans aucun de ces comportements: eux c’est eux, et lui c’est lui, nous suggère l’auteure américaine Marion Dane Bauer. C’est finalement d’un de ses semblables que viendra la proposition la plus poétique et pourtant, tout comme les autres, véridique: lorsque les flocons valsent et tourbillonnent «toi et moi, on les imite».

Difficile de percer le secret des illustrations de Richard Jones: des peintures scannées et retravaillées, nous dit l’éditeur, mais comment expliquer la texture, la finesse, et parfois ce quasi-effacement? Comment expliquer que des images traduisent le bruissement, le frémissement, le silence? Ajoutez à cela un sens des couleurs admirable, une palette hivernale et chaude à la fois, avec juste les petites touches vives qui ravissent l’œil, et vous aurez une idée de l’enchantement que procure la lecture de La danse d’hiver.

Attachement improbable

S’il est une artiste qui maîtrise à merveille la gravure sur bois, c’est May Angeli. Album après album, son œuvre explore les ressources chromatiques qui magnifient cette technique, avec une prédilection depuis quelque temps pour des teintes douces. L’ours et le canard, c’est une rencontre de fin d’hiver: l’un sort de son sommeil, l’autre a raté son envol et ne parvient plus à bouger.

L’ours va prendre soin du canard jusqu’à ce qu’il soit rétabli et parte au loin, comme il se doit. Commence alors une difficile solitude: «C’est la vie, comme on dit pour les choses tristes.» Mais la vie, c’est aussi l’éternel retour du printemps… et des amis!

Cette histoire d’attachement improbable est d’autant plus belle que les bêtes de May Angeli, qui évoluent au cœur d’une nature bienveillante, n’ont d’humains que leurs dialogues; ceux-ci sont à l’image des protagonistes, vifs, facilement bourrus, et soudain tendres et mélancoliques lorsque le manque et l’ennui de l’autre se font sentir. Un grand bonheur de lecture.


Marion Dane Bauer
«La danse d’hiver»
Illustrations de Richard Jones
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Ramona Bădescu
Albin Michel jeunesse. Dès 4 ans.


May Angeli
«L’ours et le canard»
Les Editions des éléphants. Dès 4 ans.

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