Dominique Petitgand

Notes, voix, entretiens

Les Laboratoires d'Aubervilliers/ Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, 128 p.

Invisible et volatil, l'art de Dominique Petitgand ne se laisse pas aisément documenter. Travail essentiellement sonore dont l'irréductible originalité tient à de savants jeux de montage à l'éloquence elliptique. Depuis plus de dix ans, les miniatures de l'artiste français s'immiscent en de multiples espaces propices à leur diffusion, des salles obscures aux labels de disques, en passant par divers festivals (tels Archipel ou la Bâtie à Genève) et centres d'art contemporain.

Parmi ces derniers, Les Laboratoires d'Aubervilliers, en banlieue parisienne, recensent en un ouvrage hybride le travail de l'artiste, en résidence dans ce lieu de 2001 à 2002. Avec, en guise de catalogue raisonné, la transcription d'une trentaine de ses pièces substituant aux délicats environnements musicaux qui ponctuent ses confessions enregistrées un jeu discret de didascalies. Pis-

aller dès lors que l'on souhaite y retrouver ce chœur de voix singulières, dont les timbres typés entrent pour beaucoup dans le pouvoir suggestif de ces petites tranches de vies erratiques. Ne reste alors à appréhender ces textes qu'à la manière de saynètes d'un théâtre intime dont l'incarnation auditive s'en remet ici à l'imaginaire du lecteur.

Plus captivant, le long entretien qu'accorde Dominique Petitgand à Guillaume Désanges précise à quel point la démarche opiniâtre du Français participe d'une dissection minutieuse des mécanismes de production d'un discours et ses brèches, ses silences éloquents. Recomposition toute musicale d'une langue étrange, presque irréelle, née de témoignages que l'on imagine, sans doute abusivement, appartenir au langage de tous les jours avec ses récits de douleurs, d'envies et de pertes de mémoire. Dans cette tension permanente entre l'intimité presque anodine du propos et l'inquiétante altérité d'une expression lacunaire se loge la force d'une œuvre à la constance admirable.

Dernière partie du recueil, l'exercice de l'écoute accapare une série de personnalités proches de l'artiste, qui livrent sur un mode volontiers mimétique les impressions suscitées par l'audition de telle ou telle pièce. Ainsi de l'artiste Claude Lévêque, dont les notations nominales tentent une description lacunaire d'une écoute minée de «signaux», de «parasites». Ainsi également du chanteur Dominique A, évoquant sa découverte de l'artiste et comparant le travail de Petitgand à celui d'un skieur de slalom ou d'un sorcier vaudou. Avant que l'auteur lui-même ne livre à son tour sa lecture d'un travail dont l'explication n'épuise guère l'impalpable magie.

Complété par une discographie exhaustive et une bibliographie recensant la plupart des articles parus sur l'artiste, Notes, voix, entretiens ne constitue sans doute pas une porte d'entrée aisée pour qui ignore tout des travaux sonores du Français. Mais comblera tous ceux qui, de disques en interventions publiques, chérissent les petites voix de Petitgand comme autant de soupiraux entrouverts sur le vaste inconscient.