MARTA ET LA PIEUVRE

de Germano Zullo (texte) et Albertine (ill.)

(La Joie de lire)

Toujours aussi curieuse, Marta la vache orange se demande ce qu'il y a sous les océans: des pâturages? des montagnes? Sa vision quelque peu «bovinocentriste» ne résistera pas longtemps aux réalités sous-marines, tout comme le lecteur ne résiste pas au charme des illustrations d'Albertine, à qui l'univers aquatique permet de bien belles déclinaisons de couleurs – et de bien amusantes aberrations zoologiques! (Dès 4 ans)

LES BISOUS SAUVAGES

de Virginie Jasmin

(Casterman Jeunesse)

Une fillette raconte l'amour qu'elle porte à sa maman, et combien il est difficile de le formuler: «Les mots se cachent, ils glissent, ils flottent, je n'arrive pas à les attraper.» Alors elle imagine une recette d'amour, sorte de tarte aux bisous sauvages… Tendresse et poésie illuminent chaque page de cet album à partager comme un moment précieux, merveilleusement onirique. (Dès 5 ans)

COQUELICOT MAISON

d'Alessia Garilli (texte) et Anna Laura Cantone (ill.), trad. de Paul Paludis

(Autrement Jeunesse)

Garance cueille un coquelicot pour sa maman, sans se douter qu'il est le refuge d'un criquet tellement en voix que la fillette doit le ramener dans les champs. Le lendemain, elle décide d'offrir un nénuphar à son papa: mais d'où viennent ces «croaa, croaa» qu'on entend à la tombée de la nuit? Un texte aussi vivifiant que les bouffées de nature que la petite Garance promène dans sa cité grise, des images d'une finesse et d'une originalité extrêmement attachantes. (Dès 5 ans)

TÊTE-À-TÊTE

de Geert de Kockere (texte) et Klaas Verplancke (ill.), trad. d'Etienne Schelstraete

(Milan, 64 p.)

«Quinze petites histoires pas comme les autres»: le sous-titre de cet ouvrage n'usurpe pas sa revendication de singularité: ils sont effectivement exceptionnels, ces brefs «dialogues de bêtes», plus proches cependant de Platon que de Colette ou La Fontaine… Résolument philosophiques – ils traitent de la vie, de la mort, de l'identité, de l'amitié – mais surtout d'une finesse et d'une intelligence rares, c'est une lecture idéale en famille, que les parents apprécieront autant que les enfants. (Dès 9 ans)

ARRÊTE TON CINÉMA!

de Guillaume Guéraud (texte) et Henri Meunier (ill.)

(Ed. du Rouergue, 94 p.)

Ils sont trois copains, ils habitent Genève et ils ont besoin d'argent: un besoin plus frimeur que vital, mais qui les pousse néanmoins à braquer une… machine à café. Repérage des lieux, minutage, camouflage puis: action! Mais tout ne se passe pas comme au cinéma. Un petit roman ébouriffant, au parler jeune et parfois argotique, avec la Suisse en toile de fond, et des classes genevoises de La Bataille des livres au générique. (Dès 9 ans)

LE JEU DES CENT ROBES

d'Eleanor Estes (texte) et Béatrice Alemagna (ill.), trad. de Laurence Kiefé

(Casterman/Romans, 72 p.)

Pour quelle raison Wanda Petronski ne s'est-elle pas rendue à l'école aujourd'hui? Peggy et Maggie l'ont attendue, comme tous les jours, pour le plaisir de lui demander combien de robes elle possède, et rire tant et plus à l'entendre répondre: «J'ai cent robes» – elle qui n'en porte qu'une, si délavée… C'est une histoire écrite il y a soixante ans, un roman sur la pauvreté, l'intolérance, dont la neutralité de ton n'a d'égale que l'émotion qu'il provoque. (Dès 9 ans)

L'ÎLE AUX MOUETTES

de Susan Bartlett, trad. de Marianne Costa

(Le Livre de poche Jeunesse, 120 p.)

Ceux qui aiment les lectures optimistes, les rapports humains simples et chaleureux et les ambiances insulaires, devraient voir leurs attentes comblées avec L'Ile aux mouettes: quarante-neuf habitants, une classe d'école de six élèves, tous degrés confondus, et des institutrices qui se morfondent tant qu'elles partent après une année. Mais comment donc convaincre Mlle Sparling de rester? Peut-être en lui offrant un chien grand comme un poney? (Dès 10 ans)

KI DU

de Patrick Raynal

(Syros Jeunesse, coll. Rat Noir, 154 p.)

Quand Patrick Raynal, directeur de La Noire aux Editions Gallimard et auteur d'une vingtaine de romans policiers, se lance dans l'écriture pour ados, il le fait… à pieds joints. Manu, 15 ans, a fugué depuis six mois; pour le retrouver, Corbucci devra se mettre à la place de ce garçon révolté contre son père et la bourgeoisie qu'il incarne, passionné de récits maritimes et amoureux. Avec une langue gouailleuse et follement expressive, le narrateur affronte vents et marées, mafieux serbes et îliens taciturnes dans un périple roboratif comme une brise bretonne. (Dès 13 ans)

TREIZE ANS PORTE-MALHEUR

d'Alice de Poncheville

(L'Ecole des loisirs, coll. Médium, 134 p.)

Kevin ne supporte ni son prénom, ni sa haute taille, ni l'odeur de ce corps qu'il ne reconnaît plus. Il faudra de petits hasards, et surtout le regard de Dominique, lycéenne elle aussi, pour qu'il apprenne peu à peu à s'aimer, et donc à aimer la vie. Le titre convient bien à la première partie du roman, sombre et lourde, mais peu à peu Kevin sort de l'engrenage du mépris et de la peur, et naissent alors de bien belles pages sur la vie, la vieillesse, l'amour, mais aussi la sexualité, un thème important du récit, magnifiquement abordé ici. (Dès 14 ans)

SOUS LE CALME DE DJEBEL

de Robert Bigot

(Actes Sud Junior, coll. Les Couleurs de l'Histoire, 252 p.)

Tandis qu'à Paris résonnent les premiers appels de l'abbé Pierre en faveur des sans-abri, Hélèna, une jeune ethnologue d'origine juive, embarque pour l'Aurès, en Algérie. Elle comprend qu'elle a quitté une guerre à peine achevée pour une autre, larvée, dont longtemps l'Europe n'aura que des échos assourdis. La belle écriture de Robert Bigot sait suggérer de graves résonances entre l'ici et l'ailleurs, le passé et le présent: ses personnages en quête d'idéal prennent en pleine figure ce qu'on appelle la condition humaine, et qui souvent n'est que mépris de l'autre. Un très beau livre, qui place le lecteur dans une temporalité vulnérable. (Dès 14 ans)