Marita Mahringer, texte

Éric Battut, illustrations

La Petite Tache rouge

Bilboquet-Valvert/Bohem Press

Dès 4 ans

Il illustre (et écrit aussi) tant de livres, Eric Battut, qu'on se dit qu'un jour ou l'autre on sera déçu, ce n'est pas possible autrement; on ouvre alors un nouvel album, et l'on est émerveillé, une nouvelle fois. La petite tache rouge, qui vivait au pays très bariolé des taches, voulut voir le monde; elle traversa un paysage tout vert, puis un autre tout blanc, puis un jaune… Alors elle décida de rentrer chez elle.

Une histoire simple, sans autre prétention que de manier les couleurs, surtout ce rouge et ce noir que le jeune illustrateur affectionne particulièrement depuis quelque temps; et parce qu'il sait comme personne aller au bout d'une teinte, chacun de ses albums semble incarner une quête absolue, une aventure qui nous fait douter: est-ce que, avant lui, on avait déjà aimé autant les couleurs? Est-ce qu'on avait su les montrer aux enfants? Oui, bien sûr, mais pas de cette façon.

Alice Vieira

Fleur de miel

Trad. de Marie-Amélie Robilliard

La Joie de Lire, 158 p.

Dès 12 ans

Alice Vieira est l'une des plus importantes voix de la littérature enfantine portugaise. Elle raconte des histoires, des événements appréhendés «à regard d'enfant», mais ce regard-là n'est jamais désigné comme déficient ou fautif. Tout comme Les Yeux d'Ana Marta, mais d'une lecture plus aisée, Fleur de miel montre l'immense solitude des enfants face aux choses tues: Mélia passe de maison en maison, en attendant que son père «remette un peu d'ordre dans sa vie». Elle se meut dans un univers que le secret, le silence ont rendu dense; seule consolation possible à l'inexplicable, à l'inacceptable, le recours aux contes, aux mythes, à la fois tradition que l'on perpétue et pures inventions destinées à panser les cœurs, à masquer les peines; Grand-mère Rosa savait si bien expliquer l'absence de la mère, «Reine incontestée du palais des Dionades, Princesse des Lacs éternels.»

Si Alice Vieira n'hésite pas à dire la détresse de ses jeunes héros, les manquements et les graves maladresses d'adultes submergés de soucis, il y a toujours, quelque part, un cœur aimant, une main qui se pose sur des cheveux; et ses histoires ne s'achèvent pas dans le désespoir: une fenêtre s'ouvre dans une chambre nouvelle, on a finalement réussi à mettre un peu d'ordre dans sa vie, quelque chose va peut-être commencer…