François Debluë

Naissance de la lumière

Empreintes, 102 p.

En couverture, une vignette de Claire Nydegger donne, discrètement, le ton: deux fines silhouettes dialoguent entre ciel et terre, entre ombre et clarté. François Debluë, dans son dernier recueil, met son art de poète paysagiste au service de la lumière et de l'amour. Sans pour autant renier les tonalités contrastées qui caractérisent sa poésie, nocturne et grinçante autant que, souvent, enjouée ou harmonieuse, le librettiste de la dernière Fête des vignerons tire les registres d'un lyrisme allégé et apaisé: «Refermé le livre des violences/ – vacarmes et hantises –/ le grand livre des visions/ ce jour-là ce fut enfin – la caresse/ des matins de l'enfance.»

Le motif de la lumière naissante, surprise dans toutes ses variations, inscrit les sept mouvements du recueil sous un signe ascendant. La mobilité des temps des verbes contribue en outre à suggérer une narration elliptique. Passé le seuil des premiers poèmes, «Demeures de l'ombre», proche de l'état de veille lucide et inquiet des Poèmes de la nuit venue (recueil paru en 1992), s'engage, scandé «entre espoir et désespoir/ éternelle hésitation», le thème de la quête amoureuse («Vents et marées»). Surviennent ensuite des refrains plus dansants («Fragiles clartés»), puis une musique plus recueillie et plus tendre, jusqu'à la plénitude de «Lux amorosa» et à la leçon de sagesse que l'«arbre de lumière» dispense à l'enfant des derniers poèmes.

Images déliées, précision rapide du trait et pose délicate des couleurs évoquent souvent un croquis léger, ou une aquarelle, traduisant une vive et furtive saisie de l'instant: «Les montagnes ce matin-là/ de nuées toutes vaporeuses/ leur rythme à l'horizon/ comme de fines danseuses:/ légères/ leurs robes de tulle/ à la lumière du ciel/ brièvement retenues.» Dans leur intensité visuelle et leur densité rythmique, de tels petits tableaux, qu'ils évoquent les nuances de l'aube, un feu de sarments, le flamboiement de midi, la lumière ruisselant sur les feuillages, éveillent de secrètes résonances: «Longue et basse/ longtemps humide/ l'ombre d'hiver/ que nul soleil/ par-dessus les murs/ ne réchauffe.» C'est ainsi que cette poésie cherche moins à inventer des images nouvelles qu'à revivifier sans emphase, à sa manière laconique, une façon immémoriale et cosmique de dire un paysage pour évoquer peines et plaisirs d'amour: l'hiver comme absence et solitude, la jubilation de parcourir les courbes d'un visage ou d'un corps comme un pays d'été, l'errance d'Orphée déchu, l'initiation par celle qui sait nommer les fleurs, les oiseaux et les arbres; cependant que «deux grandes libellules/ au-dessus des eaux transparentes/ vibrent/ du bleu intense de leurs ailes/ rayonnent/ dans l'air engourdi du matin.»