Voici deux textes inspirés de la Grande Guerre: un mince recueil de poésies et un bref récit, œuvres de deux grands écrivains italiens. L'un d'eux a participé au conflit en tant que soldat, l'autre pas, mais l'ouvrage le plus évocateur n'est peut-être pas celui que l'on croit.

La Guerre de Giuseppe Ungaretti a été écrit directement en français et publié en 1919; il est dédié à Guillaume Apollinaire, dont le poète italien avait été l'ami. Une série de poésies qui restitue avec des moyens résolument modernes (découpage des vers, mise en page) l'expérience quasiment métaphysique qui a marqué tous les intellectuels qui ont connu les tranchées: la densification de l'instant opérée par l'imminence du danger.

Le romancier sicilien Federico De Roberto était trop âgé pour participer à la Grande Guerre. Celle-ci lui a néanmoins suggéré en 1921 un récit qui est certainement un des plus impressionnants et intenses qu'on n'ait jamais consacrés à ce conflit.

Août 1917: des soldats sont envoyés à tour de rôle relever une sentinelle et sont abattus l'un après l'autre par l'ennemi invisible. De Roberto réussit, par son style sec et halluciné, à rendre presque palpable le sentiment de peur qui envahit progressivement les combattants.

Giuseppe Ungaretti

La Guerre

Federico De Roberto

La Peur

Trad. de Muriel Gallot

Le Passeur, 62 p. et 78 p.