La parution, en 1879, de la Begriffsschrift (Idéographie) du mathématicien-philosophe Gottlob Frege ne bénéficia même pas d'un succès d'estime. Ce qui allait devenir l'acte fondateur de la logique moderne passa alors totalement inaperçu. Dans cet opuscule d'une centaine de pages, Frege proposait à la fois une nouvelle logique (nouvelle veut dire: s'écartant du modèle d'Aristote) et une nouvelle langue pour la dire. La logique ne fut pas comprise, et la langue parut indéchiffrable. C'est à une équipe de l'Université de Genève que l'on doit la première édition intégrale en français de ce texte historique, et notamment à la chercheuse Corine Besson, qui en a assuré la traduction et les notes critiques. La lecture, la compréhension et les enjeux du texte frégéen sont en outre remarquablement mis en lumière par la substantielle postface de Jonathan Barnes qui, même en commentant la géniale tentative du logicien allemand, n'oublie jamais tout à fait ses amours helléniques, comme en témoigne cette injonction finale adressée au lecteur logico-sceptique: «La logique n'est pas une chose que l'on conseille pour son utilité. On la conseille parce qu'elle est un bien en soi.»

Gottlob Frege

Idéographie

Vrin, 214 p.