«Ah, si seulement nous étions des hommes!» soupirent Christine, Régine et Lolotte, trois sœurs réfugiées pendant la guerre de Sécession dans une plantation cernée par les marécages et par un bras de rivière abandonné, un bayou «poussant ses profondeurs trompeuses d'eau saumâtre sans cesse de l'avant à travers l'ombre et la lumière». C'est que ces adolescentes de bonne famille blanche ont sur la guerre, le patriotisme et l'héroïsme des idées très romantiques inculquées par leur ancienne préceptrice et, surtout, magnifiées par leur imagination d'enfants solitaires, «parasite subtil qui se repaît des forces inemployées de la jeunesse et envahit alors de luxuriance tropicale le jardin anormalement clos de ses rêves». Un jour – les esclaves lavent le linge et les filles s'ennuient –, d'étranges soldats font irruption dans la plantation: la blague cruelle jouée par ces hommes déclenche chez tous les protagonistes une prise de conscience irréversible. Merveilleusement écrit, ce récit de Grace E. King (1852-1932) éclaire les effets de la guerre sur des esprits innocents et imaginatifs, incapables d'en saisir ni les griefs ni les revendications.

Trad. de Patrice Repusseau, Actes Sud, 88 p.