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Livres. Grangé, roi français du «thriller» et auteur trop discret

Révélé par «Les Rivières pourpres», Jean-Christophe Grangé publie avec «L'Empire des loups» un roman à suspense qui mêle perte d'identité et réseaux mafieux.

Jean-Christophe Grangé

L'Empire des loups

Albin Michel, 456 p.

Anna Heymes a des absences. A intervalles de plus en plus fréquents, cette femme d'un haut fonctionnaire parisien voit le monde s'effacer et ne reconnaît plus les gens qui l'entourent. Maladie ou amnésie provoquée? Pendant qu'elle tente de percer son propre mystère, des meurtres cruels frappent le quartier du Sentier. Les Loups gris, branche de la mafia turque, semblent pourchasser une ouvrière des usines clandestines de textile… qui n'en est peut-être pas une.

Ainsi se pose L'Empire des loups, le dernier roman de Jean-Christophe Grangé, qui confirme là son talent: l'ouvrage ne se lâche plus une fois ouvert, la maîtrise des intrigues parallèles est sans faille et celle du rythme, remarquable. Des recettes peaufinées depuis Le Vol des cigognes (1994), qui narrait la traque d'un réseau de trafiquants de diamants provoquée par la mort d'un ornithologue suisse, et conclue dans un bain de sang à Calcutta. Un roman au retentissement mineur, à sa sortie, mais fondateur.

Né en 1961 à Paris, le romancier est aujourd'hui l'enfant chéri de la littérature populaire française. Pour la première fois, Albin Michel a fait tomber la légendaire couverture de la collection Spécial suspense. Grangé est devenu son propre label. Il y a dix jours, l'éditeur nous annonçait que 230 000 exemplaires avaient déjà été écoulés par ce travailleur qui ne pavane guère sur les plateaux télé et qui écrit le nouveau chapitre d'une vie étonnante. Naguère étudiant studieux, le Parisien devient grand reporter pour Paris-Match et le National Geographic, entre autres, puis crée son agence. Les curieux peuvent d'ailleurs trouver dans la liste de ses reportages des décors et des thématiques qu'il exploitera plus tard pour ses romans: Calcutta, le Groenland ou la Mongolie, les mystères du corps et du cerveau. Et la liste n'est pas épuisée: il a aussi suivi Michael Schumacher durant 24 heures…

Le détonateur apparaît avec Les Rivières pourpres, en 1998, vite adapté par Matthieu Kassovitz sur un scénario de l'auteur. Un film à la facture aussi élégante que la course d'un ratrack valaisan, basé sur un roman au final abracadabrantesque – mais la machine à succès est amorcée. Deux ans plus tard sort Le Concile de pierre, ou l'opaque histoire d'une femme qui manque de perdre son fils adoptif avant d'apprendre que celui-ci se trouve au cœur d'une machination qui mène à la taïga sibérienne. Le romancier tâte presque du fantastique, en évoquant le chamanisme, mais là encore, la crédibilité de l'ensemble fait défaut et les derniers chapitres se perdent dans les steppes.

Entre-temps, l'apprenti Grangé a tracé d'autres pistes. Il adapte son deuxième roman, puis écrit le scénario original de Vidocq, film en numérique de Titof. L'expérience semble l'avoir refroidi, il assure ne plus vouloir écrire pour le cinéma. La suite des Rivières pourpres, dont le tournage devrait commencer sous peu, se fera sans lui: c'est Luc Besson qui a rédigé le script.

Avec L'Empire des loups, Jean-Christophe Grangé opère presque un retour aux sources, un roman à la structure plus simple et reposant sur un trouble identitaire. Anna ne sait plus d'où elle vient, comme Louis, le héros du Vol des cigognes, courait le monde sur les traces d'un père qu'il pensait mort. Est-ce l'image inversée de l'auteur, qui a perdu son père à 15 ans? Difficile, dans ses romans, de

déceler de fortes empreintes ou une trame d'obsessions personnelles.

Amusés, les internautes relèvent ses tics, tel son goût pour les revolvers Glock – des automatiques autrichiens qui peuvent passer les contrôles des aéroports, c'est bon à savoir –, mais au fond l'homme se retranche derrière des histoires aux prises avec une certaine actualité. Comme si ce grand conteur moderne se nourrissait goulûment des souvenirs du reporter pour mieux éviter de s'impliquer en personne. Aux critiques français qui affirment y voir enfin l'égal français d'un Stephen King, il faut répondre non, du moins pas encore. Le maître du Maine, lui, a ceci de singulier qu'il a su infléchir les genres, le fantastique et l'épouvante, dans la direction de ses hantises. Remarquable conteur, Jean-Christophe Grangé, peut-être par pudeur, demeure un inconnu.

Jean-Christophe Grangé sera l'invité de «Train Bleu» sur RSR 1, dimanche 16 février à 17h.

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