L'écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante ne fait peut-être plus preuve de l'inventivité qui était la sienne à l'époque de Trois Tristes Tigres (1967) et du grand boom du roman hispano-américain, mais il conserve intacts sa virtuosité langagière et son goût prononcé pour les expériences formelles au carrefour de la littérature, de la musique et du cinéma. Les nouvelles réunies dans Coupable d'avoir dansé le Cha-cha-cha (1995) en témoignent à merveille: sur un mode répétitif se réclamant à la fois de l'ostinato musical et des redoublements narratifs du Rashômon de Kurosawa, ce recueil minimaliste propose trois variantes et trois prolongements différents d'une même scène entre un homme et une femme déjeunant dans un restaurant de La Havane. A chaque composante du triptyque correspond une facette de la réalité cubaine, des rites africains à la censure marxiste en passant par la présence américaine antérieure à la révolution. Le morceau est parfaitement exécuté: il révèle une totale maîtrise technique, à défaut d'un véritable souffle.

Trad. d'Albert Bensoussan et autres, Gallimard, 116 p.