En 1964, devant le mépris affiché par Klaus Eichmann, fils d'Adolf, à l'endroit de la justice qui avait condamné son père, Günther Anders, «philosophe de circonstance» à ses dires, adresse une lettre ouverte au descendant du criminel nazi. Et quand se développent en Allemagne le révisionnisme et les mouvements de jeunesse néonazis, il la complète par une seconde. L'une et l'autre (Wir Eichmannssöhne, 1988), maintenant parues en français, méritent lecture. L'affaire Eichmann en effet risque bien de n'être jamais close: le mal, dans son effrayante banalité, occupe le terrain de la vie ordinaire. Attaché à un certain état de la civilisation, dénoncé par Anders en 1969 déjà dans sa correspondance avec le pilote d'Hiroshima, il émane d'une histoire qui se joue toujours.

La «pseudo-solidarisation» des masses, «l'aliénation de ceux que l'on dépossède de leurs droits» continuent de laisser planer la menace d'une répétition du pire. Quand la technique tend plus que jamais à devenir le sujet de l'histoire, note Anders dans un essai fort, il importe de remonter aux «racines du monstrueux» pour tenter d'en empêcher la croissance.

Günther Anders, Nous, Fils d'Eichmann. Trad. de Sabine Cornille et Philippe Ivernel, Rivages, 152 p.