Le Seuil réédite, dans sa collection de poche Points, le texte bilingue latin-français de L'Ethique de Spinoza. De cette œuvre majeure mais posthume, puisque publiée l'année de la mort du philosophe en 1677, son traducteur Bernard Pautrat dit joliment qu'il est le seul texte à vouloir faire mathématiquement le bonheur de son lecteur. Parallèlement à cette réédition paraît la monumentale étude que l'érudit russe exilé aux Etats-Unis Harry Austryn Wolfson consacra en 1934 au penseur juif d'Amsterdam. Ce grand classique de l'exégèse spinoziste aura donc attendu soixante-cinq ans pour être traduit en français… L'ouvrage est fascinant dans sa prétention même: pénétrer de l'intérieur, jusque dans ses allusions les plus souterraines, jusque dans ses non-dits les plus intimes, la pensée de Spinoza. La déplier intégralement.

Sous l'apparence de l'exposé géométrique qui caractérise L'Ethique se révèle en réalité pour Wolfson une écriture de type talmudique où se mêlent savamment le dit et le non-dit. On assiste donc à un patient travail de déchiffrement, au terme duquel Spinoza apparaît à la fois comme héritier de la pensée juive et arabe médiévale, et initiateur de la modernité.

Harry Austryn Wolfson, La Philosophie de Spinoza, Gallimard, 780 p.