Le roman argentin ne s'aventure généralement au-delà des limites de Buenos Aires que pour évoquer l'immensité de la pampa ou les solitudes australes de la Patagonie. Avec Iguazú, Gregorio Manzur s'oriente dans une tout autre voie: il nous transporte aux confins du Brésil et du Paraguay, dans la province de Misiones,

l'ancien territoire des Guaranis. L'histoire tragique de la rivalité entre un grand propriétaire terrien et son courageux fils métis est ici l'occasion d'une magnifique résurgence des mythes indiens, qui finissent par imprégner le récit de leur déroutante logique, de leur beauté subtile. Qu'ils agissent sous l'influence du bouillonnant Tupán (le dieu de la guerre) ou de la sensuelle Yasí (la déesse lunaire), les personnages de ce sobre roman apparaissent comme les jouets de forces qui les dépassent et bien souvent les brisent. Conflit œdipien, destin arrêté par les dieux, unité de temps, de lieu et d'action: tout porte à croire que Gregorio Manzur s'est appliqué

à transposer sur les bords du Paraná le modèle de la tragédie classique, comme pour mieux en révéler la dimension universelle.

Gregorio Manzur

Iguazú

Trad. d'Alexandra Carrasco

Fayard, 156 p.