Opposant au régime iranien, Kader Abdolah vit en exil aux Pays-Bas depuis 1989; c'est dans la langue de ce pays qu'il a écrit les courts récits de ce recueil. Les thèmes de la perte et de l'exil y sont plus chantés qu'écrits, tant les paroles de l'auteur et de ses personnages semblent s'échapper de mélodies intérieures, secrètes, incommunicables et cependant suggérées avec une force singulière. Le père raconte à ses onze petits garçons l'histoire de leur arrière-grand-père, un poète assassiné par le shah:

«Il y avait de la magie dans ses poèmes. Peut-être [qu'elle est aujourd'hui] au bout des doigts de l'un de vous.» Magie transformant les petites choses de la vie ordinaire – une rencontre, un coup de foudre, le vent sur la digue qui emporte un tchador, des jeux d'enfants – en miroir des sentiments enfouis, de l'angoisse sans fin des exilés et de leurs parents restés au pays. Parmi tous les destins évoqués ici, celui de l'aveugle persécuté par un xénophobe dans un village d'Allemagne en dit plus sur la tragédie de l'exil forcé que tous les documentaires les mieux intentionnés.

Kader Abdolah

Les Jeunes Filles et les Partisans

Trad. d'A.-M. De Both-Diez

Gallimard, 170 p.