Livres

Les livres de Joël Dicker sont-ils bons?

L'auteur Genevois est le plus gros vendeur de livres en France, c'est l'occasion de revenir sur les rapports compliqués entre le monde du livre et le succès commercial

Le classement annuel L’Express-RTL des meilleures ventes de livres est paru cette semaine: devant Marc Levy ou Guillaume Musso, les habituels meilleurs vendeurs, c’est le Genevois Joël Dicker qui obtient la première place. L’occasion est trop belle, il s’agit de ne pas la laisser passer. Il faut en effet revenir sur les rapports décidément compliqués entre le monde du livre et le succès commercial. Où l’on voit que les réactions enseignent plus sur celles et ceux qui les professent que sur l’objet de la discussion.

Lire: Joël Dicker a été l'auteur francophone le plus lu en 2018

La façon dont les professionnels du livre, libraires, éditeurs, critiques, universitaires, pas tous bien sûr mais beaucoup, réagissent au succès public des livres de Joël Dicker (dans les médias ou en privé) a de quoi étonner. Car il y a de la rage, de celle qui tend les traits du visage, jusqu’au rictus, pour dire que les livres en question sont mauvais. Imagine-t-on le monde de la musique, les gens des labels (classiques mais aussi tous les autres), ceux des festivals, s’emporter, se raidir de dégoût, en parlant des derniers tubes de l’été? Les tubes déferlent et la caravane passe, en général.

Plus de 80 ans

Pas dans le monde du livre. Peut-être parce que le rôle de marqueur social associé au livre demeure plus grand que pour les autres domaines culturels? Dis-moi ce que tu lis et je te dirais à quel monde tu appartiens? Pour pouvoir se moquer de ces clivages, il fallait avoir plus de 80 ans, une immense culture littéraire et plusieurs vies dans le monde de l’édition. Car en fait, c’est le regretté Bernard de Fallois qui a commis l’irréparable. Le spécialiste de Marcel Proust a retrouvé un plaisir d’enfance en lisant La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Il a décidé illico de le proposer aux prix littéraires français. En faisant cela, il dépassait la ligne de démarcation étanche entre livres commerciaux et livres littéraires, livres de masse et livres pour happy few.

Livre unique

Qu’est-ce qu’un bon livre? La question pourrait laisser croire que la révolution culturelle et son livre unique ont encore cours. Autant de critères ou d’attentes que de livres. Joël Dicker a annoncé dès le départ qu’il voulait atteindre le public le plus large possible. L’intention n’est pas criminelle, elle est juste claire (gonflée, joyeuse). Sur ce plan, il a pleinement réussi, réunissant dans son lectorat des grands lecteurs et des non-lecteurs. Est-ce que les livres de Joël Dicker offrent une matière propice à l’exégèse d’études littéraires universitaires? Non. Est-ce que ses livres captivent, critère essentiel pour la lignée des thrillers à laquelle ils appartiennent? On dira oui sans hésiter pour La vérité sur l’affaire Harry Quebert; beaucoup moins pour les deux suivants.

Au sujet de l'adaptation en série du livre: «La vérité sur l’affaire Harry Quebert», l’odyssée de Jean-Jacques Annaud

Et si le bon livre était toujours celui qu’il reste à écrire? «Ce serait un livre aussi long que les Mille et une nuits mais tout autre…», imagine le narrateur à la fin d’A la recherche du temps perdu. En lisant, on ne fait toujours que se lire soi-même, conclut Proust.


Chroniques précédentes:


En vidéo: Joël Dicker rencontrant ses lecteurs dans une librairie.

Publicité