Qu'arrive-t-il à Juan Goytisolo, l'auteur corrosif des Royaumes déchirés et de Chasse gardée? Si Etat de siège n'était signé de lui, le critique renoncerait à le signaler, tant ce livre, bâti de bric et de broc, se démaille en tous sens. Ça démarre pourtant fortement: on est à Sarajevo au temps des obus et des snipers; un certain J. G. arrive à l'hôtel, observe par la fenêtre. Explosion. Séquence suivante: il est mort, mais son cadavre et son passeport ont disparu, situation abracadabrante qui va ronger jusqu'à la folie un officier espagnol des casques bleus. Ne restent que des manuscrits épars, surtout des poèmes ardemment sodomitiques. Vous en voulez encore? Il est mollement question d'un certain Ben Abou al-Makârim, poète andalou du XVe siècle, et des séfarades jadis persécutés. L'auteur exhibe et ressasse ses obsessions et ses rêves. Le meilleur du livre tient dans une parabole frappante: tout un quartier de Paris vit ce qu'a vécu Sarajevo, isolement, pénurie, bombardements, dans l'indifférence générale du reste de la capitale. La qualité du passage fait regretter la décontraction, voire l'incohérence

du reste.

Juan Goytisolo, Etat de siège, Trad. d'Aline Schulman, Fayard, 198 p.