Luc a quitté la maison en emportant ses affiches de cinéma et puis il s'est suicidé sans dire un mot. Restent Jean et Marthe, ses parents, Gilbert et Geneviève, son oncle et sa tante et Céline, sa cousine, son alliée, la seule qui avait vu venir le malheur parce qu'elle en connaît le goût. Maintenant, ils doivent se débrouiller avec le silence de sa mort qui succède à celui de leur vie commune. Dans ce premier roman, Laurent Mauvignier donne la parole à ceux qui ne la prennent que trop rarement. Les monologues intérieurs des cinq survivants et celui du mort s'enchaînent comme s'ils se répondaient. Etrangement, leurs voix ne se distinguent pas, même si l'on sait à chaque fois qui parle, comme pour exaucer le rêve de Luc «qu'on ait tous les mêmes mots et qu'un jour entre nous comme un seul regard ils circulent». Ouvriers bientôt à la retraite, femmes au foyer, jeunes gens en rupture, ils viennent tous d'un long mutisme que l'auteur veut exorciser par un flot verbal qui rappelle les tentatives de François Bon pour donner une voix au malheur muet en lui prêtant les accents d'une prosodie de tragédie.

Laurent Mauvignier, Loin d'eux, Minuit, 122 p.