Culture

Livres: Manfred Flügge: Exil en paradis. Artistes et écrivains sur la Riviera, 1933-1945

Bourgade de pêcheurs de la côte varoise, Sanary a été qualifiée par

Bourgade de pêcheurs de la côte varoise, Sanary a été qualifiée par Ludwig Marcuse de «capitale de la littérature allemande en exil» entre 1933 et 1942; et une plaque commémorative rappelle les noms des trente-six écrivains et artistes de langue allemande qui y ont séjourné. L'historien berlinois Manfred Flügge raconte l'histoire oubliée de ces émigrés, en s'appuyant sur de nombreux témoignages, extraits de correspondances, de mémoires ou de journaux.

Dans les années 20, Bandol avait déjà accueilli Katherine Mansfield et D.H. Lawrence puis Aldous Huxley, lequel achète en 1930 une maison à Sanary: il y écrit Le meilleur des Mondes et accueille dès 1933 les auteurs allemands en exil. Parmi eux, la famille de Thomas Mann. Ses enfants Klaus et Erika avaient découvert et célébré en 1931 les charmes de la Côte d'Azur, et son frère Heinrich avait de longue date ses habitudes de francophile à Nice. Avant de s'installer en Suisse, à Küsnacht, Thomas Mann loue en été 1933 la villa La Tranquille à Sanary, où il s'installe avec mélancolie le jour de son 50e anniversaire: c'est là que l'écrivain prend conscience que son exil sera long et qu'il se remet au travail nécessaire à son équilibre.

Des soirées de lectures réunissent d'autres émigrés de renom, comme Lion Feuchtwanger, l'auteur du Diable en France (Belfond, 1996). Son internement au camp des Milles et celui de sa femme Marta à Gurs, avant leur évasion et leur départ pour New York, n'ont pas réussi à ternir les souvenirs heureux des sept ans passés à Sanary. Brecht, Koestler, le compositeur Ernst Bloch comptent parmi les invités de cet auteur à succès qui se considère véritablement «chez lui» à la villa Valmer.

Franz Werfel et Alma Mahler sont moins heureux à Sanary parce qu'ils ne supportent pas la chaleur et qu'ils sont en butte à des tracasseries policières. Interné lui aussi au camp des Milles, l'écrivain et traducteur de Balzac Franz Hessel succombe au froid de l'hiver 1941. «Tout était bleu azur, à l'exception de notre âme, écrira plus tard Marcuse dans les souvenirs de Mon vingtième Siècle. Nous étions au Paradis – contraints et forcés.»

Manfred Flügge, Exil en paradis. Artistes et écrivains sur la Riviera, 1933-1945

Trad. de Josie Mély Ed. du Félin/Ed. Arte, 190 p.

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