L'ouvrage publié par Marthe Gosteli, dont l'historienne Regula Zürcher a assuré la rédaction, rassemble les «chroniques du mouvement féministe» suisse et international parues dans l'Annuaire des femmes suisses de 1914 à 1963. Réédités dans leur langue originale (allemand, français, italien et, dans un seul cas, romanche), ces textes s'avèrent bien écrits et parfois inspirés, comme ceux dus à la plume intelligente, cultivée et élégamment offensive de la Genevoise Emilie Gourd, fondatrice du journal Le Mouvement féministe (aujourd'hui Femmes en Suisse). Avec les très nombreuses illustrations qui les accompagnent, ils invitent à un parcours passionnant à travers le siècle des femmes.

Si la lutte pour les droits politiques en constitue le fil rouge (poignante, l'insistance des affiches suffragistes réclamant la même chose pendant cinq décennies!), ces deux volumes témoignent surtout de la diversité des démarches empruntées par les Suissesses pour devenir des citoyennes à part entière. Etudiantes, enseignantes, infirmières, ouvrières en grève, dames patronnesses, soldates, militantes; pragmatiques ou revendicatrices, prônant la différence des sexes ou égalitaristes, portées sur l'action sociale ou sur l'analyse politique – elles forment le peuple immense qui a ouvert la voie à de nouvelles relations démocratiques entre les sexes.

Fréquemment mentionnée dans ces chroniques, l'Alliance de sociétés féminines suisses (ASF, devenue Alliance F) fête cette année son siècle d'existence. L'historienne Silke Ridolfi retrace dans un autre ouvrage (indépendant du précédent) les cent ans d'un organisme faîtier qui a joué un rôle fondamental dans l'évolution du statut des femmes suisses, mais qui a constamment dû composer avec les différentes tendances de ses membres.