La notion complexe de littérature francophone entrecroise des cadres géographiques, politiques et linguistiques. Jean-Marc Moura fait le bilan, dans un court essai, des récentes approches du fait francophone aux Etats-Unis et en France: il l'étudie au moyen de la postcolonial theory, analyse des formes culturelles apparues après une colonisation prolongée au Congo, en Angola, Tunisie, au Liban, etc.

Ces littératures dites d'émergence pratiquées dans la langue du colon, ici le français, ont des particularités historiques et sociologiques qu'il s'agit de saisir et cela par divers moyens: en comparant d'abord l'espace francophone à la situation anglophone et hispanophone, où se sont mis en place des champs littéraires très différemment structurés; en repérant ensuite les traits stylistiques, thématiques des œuvres francophones postcoloniales.

Par l'étude des conditions sociologiques propres à l'apparition d'une telle littérature, notamment la scolarisation des élites locales et la relecture du stock culturel métropolitain, Moura montre comment le roman africain, par exemple, a revisité les étapes du roman français en polémiquant avec lui, comment la «surconscience» linguistique des colonisés leur permet – quand ils échappent au «style instituteur» – de se réapproprier la langue de l'autre, au moyen de néologismes et de jeux syntaxiques. Les approches historiques et linguistiques de Moura préludent à une étude des textes (Césaire, Mongo Beti, Kourouma, etc.) et concourent à une vision d'ensemble originale où volent en éclats les cadres mentaux désuets de la littérature franco-française.

Jean-Marc Moura

Littératures francophones et théorie postcoloniale

PUF, 174 p.