«Orphée Studio»: sous ce panache à la Cocteau, ni nom d'auteur ni titre d'œuvre mais lieu de rencontres poétiques sur France-Culture, André Velter présente trente poètes qu'il aime, une page pour chacun, suivie d'un buisson de poèmes. On y trouve de grands noms (Glissant, Butor, Du Bouchet, Roubaud, Noël), des mûris des avant-gardes agitées d'hier (Michel Deguy, Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen, Serge Sautreau, Michel Bulteau), des lyriques (Frank Venaille, Guy Goffette, Jean-Michel Maulpoix, Ludovic Janvier), Houellebecq tragique et des voix méconnues à découvrir. Varié, agréable, l'ensemble évite le parisianisme sans vraiment adopter la francophonie (juste un Kabyle et deux Belges), représente bien ce qui s'écrit ces jours-ci, et concerte sur l'essentiel: le bonheur rustique («Ainsi le bonheur c'est cela: un ru sans histoire, qui parcourt un paysage sans souvenir. La mémoire dense et drue, légèrement musicale, de rien»); les frustrations urbaines et planétaires, les ravages de l'amour, l'usure du temps ou le pessimisme créateur («Pas de création, pas de propriétaire, pas d'élection. Il faut refonder sur l'Ecclésiaste – c'est-à-dire ne plus fonder»).

Poésie/Gallimard, 222 p.