Maître de la forme courte, Paul Fournel s'est fait l'explorateur de mondes très différents: les jeux de l'enfance avec Les Petites Filles respirent le même air que nous (1978), le sport avec Les Athlètes dans leur tête (Bourse Goncourt de la nouvelle en 1989) ou encore le métier impossible qu'est le théâtre avec Un Homme regarde une femme (1994). Jadis assistant de cinéma, passionné de marionnettes et de Guignol, c'est en spectateur attentif qu'il entreprend de peindre dans son nouveau roman le déroulement d'une fête, l'été, dans un de ces villages «de rituels et de silences où les citadins viennent le samedi, le dimanche et aux vacances, respirer l'air de la campagne et l'air d'autrefois qui font du bien aux enfants».

Découpé en six chapitres de trois jours et trois nuits, avec un épilogue l'année suivante, ce court roman cyclique comme les saisons et circulaire comme un manège compose un tableau frais et plein d'humour. Les divers personnages occupent tour à tour le devant de la scène, font un petit tour, jouent leur partie et puis s'en vont comme dans un poème de Prévert. Voici la baraque de tir de Marcel le cow-boy, toujours secrètement en compétition avec lui-même; la boutique à gaufres de son copain Théo Barba; la nouvelle attraction à la mode d'autrefois de Marsou le Preste, l'homme le plus fort du monde; les autos tamponneuses du beau Basile et le manège de son voisin Jacques; Titou le déluré et la vieille Mme Kébir, qui vous rédige une lettre d'amour contre cinquante francs; et puis voici le chef d'orchestre de la fête, qui entretient son optimisme au pastis: «Un petit vent velu lui coulisse dans les jambes du short, chatouillant gracieusement ses testicules. Jean Bandelmas est heureux.»

Qu'est-ce qu'on attend pour faire la fête? Tout est en place et tout le monde est là: les garçons du château, le brigadier de gendarmerie tout neuf, le jeune homme pâle, la Grosse Claudine et surtout la veuve Wassermann, barricadée chez elle dans sa haine de la fête: «La haine est importante pour la réussite de la fête. La veuve Wassermann est importante et elle le sait.» On n'attend plus que les trois coups, qui seront donnés avec l'arrivée de la fille de Jean Bandelmas, la jolie Foraine qui fait tourner toutes les têtes; c'est elle encore qui a pour mission secrète de vider le bal et d'inviter tout le monde à faire la chenille pour le grand final.

Comme presque toujours chez Fournel (ancien membre de l'OuLiPo), la minceur du sujet est une contrainte qui stimule son imagination, et son style de funambule souriant fait merveille dans la peinture légère des sentiments et des sensations. Dans ce récit où il ne se passe rien, tout tient à un fil dans le choix des tableaux, leurs variantes et le mouvement imprimé à l'ensemble, les succès ou les fiascos professionnels et amoureux des uns et des autres, les emballements et les pauses de la fête, ses moments de bonheur et d'inquiétude, jusqu'à sa fin annoncée et la fuite de Foraine avec Jambe de velours. Un roman qui tient son contrat d'être aussi aérien qu'une barbe à papa.

Paul Fournel, Foraine, Seuil, 172 p.