Endetté jusqu'au cou, qu'il a épais, Alex Sharkey produit des virus psychoactifs illégaux pour les ravers. Il subit cette existence de pirateur de gènes dans un Londres du début du prochain siècle ravagé par la misère urbaine – «le monde est vraiment implacable», se désole-t-il. Jusqu'à ce qu'il rencontre Milena, jolie môme à l'intelligence hypertrophiée, qui veut animer des poupées grâce aux derniers progrès technologiques. S'ensuit une course à travers l'Europe, de Paris et son cyberparc de loisirs aux Balkans toujours déchirés par la guerre, pour contrecarrer les inquiétants projets de Milena.

Ancien chercheur à Oxford et Los Angeles, Paul J. McAuley fait partie de cette génération montante de la SF anglaise qui décoiffe le genre. Les perspectives qu'il ouvre sur l'avenir des biotechnologies sont saisissantes. S'il mène son récit avec une maîtrise rythmique rare dans ce domaine, il en perd pourtant les rênes à plusieurs reprises. Le foisonnement de ses intuitions éblouit, mais au prix de quelques hoquets narratifs. Reste un talent réel, dont on attendra avec impatience le déploiement dans de futures œuvres, disons, plus économes.

Paul J. McAuley, Féerie, Trad. de Valérie Guilbaud, J'ai lu (inédit), 474 p.