Qui a étendu ses bras au large

en agitant les nageoires de ses pieds

les yeux fixés dans l'obscurité de sa respiration,

qui s'est plongé au fond de la pupille

d'un mérou dans son antre

oubliant l'air, qui a attaché

au mât une toile et a calculé

sa route et sa dérive, qui a ramé

debout sur de longs bateaux: ceux-là savent

que les eaux ont des visages.

Et sur les visages affleurent

tempêtes, bonaces, courants

et le saut des poissons qui rêvent de voler.

Traduit par Danièle Valin, ce poème est extrait d'Opera sull'acqua/Œuvre sur l'eau, qui vient de paraître en édition bilingue chez Seghers. C'est le premier recueil poétique de l'auteur renommé de Tu mio (Rivages) et de Montedidio (Gallimard). Dans une note liminaire, Erri De Luca confie que «pour celui qui écrit des histoires au sec de la prose, l'aventure des vers est une pleine mer».