Chantal Pelletier

More is less

Gallimard, Série noire, 224 p.

Jamais rentrée littéraire n'aura été si féminine dans la vénérable Série noire: sur neuf nouveaux polars, sept écrits par des femmes, dont quatre premiers romans. Chantal Pelletier, qui fut l'une des Trois Jeanne au café-théâtre, en est à son sixième. Prenez ces chiffres, additionnez, filtrez, décantez: vous obtenez la plus belle carte du Tarot, l'Arcane 11. Une femme, justement, qui se nomme la Force. Sidérant, non?

Des forces, le héros masculin du roman, l'inspecteur montmartrois Maurice Laisse, n'en a guère. Daltonien, malchanceux, cancéreux, il enquête sur la mort d'un vieux Chinois adepte du Taï chi. Drôle de puzzle où s'imbriquent de petites histoires de quartier (le cambriolage d'une starlette de télévision) et la «grande histoire» internationale (des trafics militaires entre la France et Taïwan).

Chantal Pelletier aime les jeux de mots faciles et cultive un style simple. Mais c'est pour mieux vous piéger, mon enfant, avec une plongée en apnée dans la suffocante réalité sociale d'un quartier qui implose sur fond de misère économique et d'antidépresseurs. La description des jeux cruels de quatre adolescentes zonardes fait froid dans le dos. Maurice y laissera sa peau, bien sûr – mais non sans avoir fait preuve jusqu'au bout d'un beau courage souffreteux.

Elizabeth George

(choix)

Les Reines du crime

Divers traducteurs

Presses de la Cité, 588 p.

Des femmes, encore. Voici un siècle de nouvelles criminelles, écrites par 26 Anglo-Saxonnes, tantôt célèbres, tantôt inconnues. Des femmes animées par «le désir d'explorer l'humanité saisie dans un moment d'abîme. L'abîme, c'est le crime», commente l'anthologiste Elizabeth George dans sa préface à cette superbe collection d'intrigues venimeuses et de meurtres astucieux, souvent impunis.

La résolution de l'énigme n'est en effet pas le souci premier de Shirley Jackson («Les Estivants», subtil conte de menaces diffuses sur un couple de retraités pris au piège de leurs vacances) ou de Susan Glaspell (dont l'ironique récit met en scène les épouses méprisées d'enquêteurs fats, reléguées à la cuisine pendant qu'ils plastronnent à l'étage, et qui trouvent discrètement le mobile d'un meurtre… mais n'en diront rien).

Humour et finesse se conjuguent ici avec un sens aigu de ces «moments d'abîme» dans lesquels tout peut basculer: du grand art, en petit format. De quoi prouver que la femme, décidément, est l'avenir du crime.