Loisirs

Des livres qui questionnent le point de vue

Il y a des œillères abstraites, dues à des siècles de glorification du masculin, et d’autres plus concrètes, comme une encombrante combinaison spatiale, par exemple; mais toutes faussent bel et bien la vision…

Et si, dans un monde fantasmé, les rôles du féminin et du masculin étaient inversés? L’image de Clothilde Delacroix, en quatrième de couverture de Renversante, donne le ton – comme toutes celles d’ailleurs qui introduisent les chapitres: c’est par l’humour qu’on va attraper le lecteur. L’humour et l’absurde, car Dieu sait si les situations où les places réciproques des hommes et des femmes sont échangées nous semblent aberrantes, voire ridicules. Ainsi cette publicité où un monsieur à moitié nu vante les mérites d’une voiture, ces règles de grammaire où le féminin l’emporte systématiquement (ce qui occasionne quelques hésitations lors de la lecture!), ces manuels d’histoire et de littérature où les hommes brillent par leur absence.

Florence Hinckel n’oublie aucun domaine, les tâches quotidiennes, les espaces dans les cours de récréation, la politique, les compétitions sportives, la prostitution, et même la représentation erronée, car tronquée, du sexe masculin: tout est passé en revue au cours de dialogues familiaux encouragés par un père antisexiste, qui veut faire réfléchir Léa et Tom sur ces évidences transmises depuis la nuit des temps. Un récit qui incite, avec le sourire, à repenser les acquis et les évidences.