Paul Celan

La Rose de personne

Edition bilingue

Trad. de Martine Broda

José Corti, 157 p.

Martine Broda fut la première en France à oser le très difficile pari de traduire l'intégralité d'un recueil de Celan: Die Niemandsrose qu'elle republie aujourd'hui dans une version amendée. La Rose de personne est par certains aspects peut-être le plus beau des recueils de Celan.

Dédié à la mémoire d'Ossip Mandelstam, il est aussi celui dans lequel le poète revient de la manière la plus insistante sur ses origines d'Europe orientale, et sur ses liens avec la Russie, ou cette Ukraine où avait séjourné sa mère. Il y a ainsi par exemple une scène hallucinante dans laquelle Celan procède à l'échange de ses membres avec ceux de Mandelstam, des poèmes où il dialogue avec Marina Tsétaieva ou avec Chagall. D'autres abordent le lien avec Nelly Sachs – souvenir d'une conversation

véhémente à propos du Dieu d'Israël, au restaurant Zum Storchen à Zurich –, avec Hölderlin, avec François Villon. Aucun autre recueil ne porte de manière aussi explicite les marques d'une judéité à la fois vécue et récusée que Die Niemandsrose, comme l'indique le poème «Psaume» dont un vers donne son titre à l'ensemble.

Le travail de Martine Broda est foncièrement honnête. Refusant de capituler devant l'impossible, elle assume avec courage les étrangetés d'équivalents encore plus déroutants parfois que l'original: le jeu sur les radicaux, les préfixes et les suffixes, que la morphologie de l'allemand permet, passe difficilement en français. C'est pourtant le prix à payer pour donner au moins une intuition du travail de création poétique que Celan opère sur la langue. Au reste, la page de gauche, sur laquelle on trouve l'original, autorise à chaque moment la vérification.