Collectif dirigé par Jacques Berlioz

Le Pays cathare

Seuil, coll. Points Histoire, 320 p.

(Inédit)

Cet ouvrage collectif, qui reprend, sous une forme intelligemment remaniée, un rapport scientifique, traite en fait des formes méridionales des religions médiévales. Ce qui explique qu'y soient évoqués tant les communautés juives ou les indices de pénétration musulmane que les résistances d'une culture païenne, récupérée sous la bannière ambiguë du «folklore». Rites et dévotions chrétiennes (la quête de l'au-delà et les voies rédemptrices empruntées, pèlerinages en tête) font l'objet d'une partie spécifique; mais, comme le promet la vue en couverture de la vertigineuse citadelle de Montségur, c'est l'épisode du catharisme qui retient d'abord l'attention, et son corollaire, la naissance de l'Inquisition dominicaine. Mention spéciale, donc, à la longue et didactique présentation de l'«hérésie» par Jean-Louis Biget, dans son contexte politique, social et culturel.

Philippe-Jean Catinchi

Eric Hobsbawm

Nations et nationalisme

depuis 1780

Gallimard, coll. Folio Histoire, 384 p.

Scrupuleusement soutenu par Fayard, Eric Hobsbawm fait partie de ces grands historiens dont la lecture «politiquement incorrecte» peina à s'imposer jusqu'au récent débat autour de son Age des extrêmes (Complexe/Le Monde diplomatique, 1999). Sa plus grande notoriété explique sans doute que Gallimard ressorte le seul titre de son catalogue, paru en 1992 dans la prestigieuse Bibliothèque des histoires. Une aubaine à saisir donc pour compléter l'«Hobsbawmothèque» de poche, où Pluriel était jusqu'ici bien seul. Philippe-Jean Catinchi

Hubert Selby Jr

Le Saule

Trad. de Francis Kerline

Seuil, coll. Points, 326 p.

Nombre de lecteurs qui avaient gardé en mémoire la cruauté et la violence de Last Exit to Brooklyn ont été décontenancés lors de la parution de ce dernier roman d'Hubert Selby Jr. Parce qu'ils le trouvaient trop tendre, trop manichéen, trop mystique. Pourtant, à bien relire les ouvrages précédents de ce vieux monsieur cassé par la vie et la maladie, tout cela y était déjà. C'est la souffrance de Selby qui était sulfureuse, pas son tempérament d'écrivain. Et s'il a eu envie de se réconcilier avec les hommes, ou avec Dieu, en écrivant cette histoire d'une amitié improbable, d'une rédemption imprévisible, c'est sans doute parce que, à la fin de sa vie, il a voulu renouer avec la littérature d'une façon plus sereine, ayant lui-même retrouvé une sorte de bonheur parmi les hommes.

Martine Silber

Mordecai Richler

Le Monde de Barney

Trad. de Bernard Cohen

Le Livre de poche, 604 p.

Barney Panofski rédige ses Mémoires tout en perdant un peu la sienne. Ce «vieux schnoque de soixante-sept ans qui rétrécit à vue d'œil, affligé d'une queue qui fuit», devenu excessivement riche en passant du commerce de l'huile d'olive et des fromages français à la production d'«inanités télévisuelles», a aimé trois femmes, eu trois enfants, est accusé du meurtre de son meilleur ami et se connaît au moins un ennemi juré. Mais ce qui est surtout épatant dans ces souvenirs habilement décousus – tout est prévu cela dit, il y a de façon assez cocasse une postface et des notes en fin de volume –, c'est un style, une façon d'être, une immense exubérance. Martine Silber

Anthony Frewin

London blues

Trad. de Sylviane Lamoine

Seuil, coll. Points, 364 p. (1re éd. Le Serpent à plumes, 1999)

Un photographe mène l'enquête sur le mystérieux parcours de Tim Purdom, pionnier du cinéma porno dans l´Angleterre puritaine de la fin des années 50, et sur son implication dans le fameux scandale Profumo, qui fit couler beaucoup d'encre à l'époque et provoqua la démission du ministre de la Défense. Anthony Frewin, qui fut l'assistant de Stanley Kubrick, brosse dans ce premier roman un portrait à la fois précis et ravageur de la société britannique, avec un humour féroce bien éloigné de l'humour anglais qu'il juge pathétique.

Gérard Meudal

Jean-Paul Delfino

De L'Eau dans le grisou

Ed. Métailié, coll. Métailié noir,

192 p. (Inédit)

C'est plutôt dans le pastis normalement qu'on met de l'eau, en tout cas à Marseille. Mais justement ici on est dans le décalage et le pastiche. Le «Marseillais», Bernie, et Vieux Switch se planquent dans les Cévennes pour échapper à la vindicte d'une multinationale de l'eau qu'ils ont sérieusement agacée. Entre le petit monde bien calme d'un village cévenol où tout le monde se connaît et les hordes de rangers super-équipés au service des méchants qui nous préparent un avenir en forme de cauchemar contaminé, le choc est rude. Mais nos Pieds Nickelés en ont déjà vu d'autres. Gérard Meudal