Jacques Roman

Toutes les Vertus du désert

L'Aire bleue, 210 p.

(inédit)

Ce texte indéfinissable a «la fulgurance du fragment», c'est Daniel Maggetti qui le souligne dans sa préface à Toutes les Vertus du désert, un livre qui s'inscrit dans la suite de L'Ouvrage de l'insomnie, paru aux Editions de l'Aube et repris dans la collection L'Aire bleue (lire le Samedi Culturel du 2 octobre1999). Bien que situées dans le temps et l'espace, les bribes qui le constituent ne forment pas un journal intime. Ce sont des éclats: de voix, de vie, rarement de rire ou alors c'est que la dérision est là. Recueillis entre mai 1997 et septembre 2001, ces fragments forment un «collier» dans lequel s'insèrent, entre les pensées de Jacques Roman lui-même, des perles pêchées au cours de ses lectures: Bataille, Genet, Beckett, Artaud, Pavese, Bernard Noël – ami et modèle – et tant d'autres compagnons des nuits de l'insomniaque. Des auteurs que, comédien ou réalisateur, Roman donne parfois à entendre sur scène et à la radio et dont les écrits sont autant de leçons de pessimisme.

Quant à ses propres pensées, elles diffractent, comme les morceaux d'un miroir brisé, une vision de la vie sombre, hantée par la finitude mais aussi par les fantômes d'une origine qu'on devine douloureuse. L'écriture est une alliée peu sûre: «On peut toujours s'écrire, on a affaire à plus fort que soi», constate Jacques Roman dans la nuit du 1er décembre 1997.

Chaque mois apporte son butin de pensées, souvent inspirées par le dégoût du monde comme il va, sans pourtant obéir aux sollicitations de l'actualité. Même en septembre 2001, nul écho du fracas des attentats. On y décèle la couleur du ciel, l'état de la lune et des étoiles, parfois se dessine l'esquisse d'une rencontre mais le plus souvent c'est dans la solitude et le non-lieu, dans un état second de rêve éveillé que naissent ces bulles d'émotions au bord d'éclater. «Ai-je jamais écrit? J'ai dessiné une langue nomade dans le pays où se pratiquait le refus.» Un pays où, de Cioran à Michaux, Jacques Roman a de grands maîtres.