Stefan Zweig

Correspondance 1920-1931

Edition établie par Knut Beck

et Jeffrey B. Berlin

Trad. de Laure Bernardi.

Grasset, 398 p.

Sur la réalité culturelle et politique en Europe et l'existence survoltée d'un créateur débordant de projets et passionnément adonné à des réalisations toujours nouvelles, la correspondance rédigée par Stefan Zweig de 1920 à 1931 (Briefe 1920-1931, Fischer 2000) et maintenant traduite apporte un témoignage captivant. Même si, citant Goethe, l'écrivain parvenu au faîte de sa réputation veut d'abord «inventer, créer tant qu'il fait jour», il participe intensément à la vie de son temps. De Gorki à Freud, Roth, Schnitzler, Brod et Romain Rolland, l'ami de toujours auquel il écrit en français, il est en relation épistolaire avec quantité d'artistes et de confrères. Avec une sollicitude rare, il commente leurs œuvres, encourage leurs projets et apporte le cas échéant une aide pécuniaire. Voyageur infatigable, il s'inquiète devant une Europe hésitant «entre révolution et fascisme», s'insurge contre le bellicisme de la jeunesse et la haine revancharde de l'Allemagne, s'informe en Russie sur les méfaits et les apports du communisme.

Déçu par «la fainéantise de la Société des nations», Zweig s'engage en faveur de l'idée d'une unification européenne, qui «seule pourra nous sauver du déclin de la culture», et il s'efforce de coordonner les activités des pacifistes pour «déraciner le nationalisme […] de façon à créer du lien dans l'esprit pur». Et dans ce but, il s'investit généreusement dans le rôle d'un médiateur entre les littératures. Même s'il se plaint de «passer sa vie à courir» et voudrait avoir du temps pour «ramasser tout ce qui est en lui en une œuvre, un roman», il ne renonce pas à défendre son idéal de la culture pour se dédier à la seule création. Il vit ses convictions, le désir de participer et l'élan l'emportent: «Il faut voir, il faut connaître, tant que la carcasse et le cerveau tiennent.»