«Tout à coup, il a un fusil dans les mains. La minute d’avant, je le jure, on mangeait des pommes de terre. Presque en silence.» Ainsi commence Sa préférée, premier roman de la Valaisanne Sarah Jollien-Fardel. Trois phrases qui posent un ton, un rythme, un climat. Sa préférée dissèque la violence domestique, son impact, son onde de choc, sa force de destruction massive, celle d’un père qui s’abat sur sa femme et ses deux filles.
C’est la plus jeune des deux, Jeanne, qui raconte, des années plus tard, le jaillissement de la violence dans la cuisine familiale, la rage inextinguible qui éclate au moindre prétexte, «ce pouvait être la viande filandreuse du ragoût, un clou de girofle de trop […] Ça pouvait être la pluie ou la chaleur étouffante de la cabine de son camion. Ça pouvait être rien.» C’est Jeanne qui dit les tabassages, les insultes obscènes, «la trouille collée au corps en permanence».