Si un historien du futur se penche un jour sur notre fragile début de millénaire, il sera sans doute frappé de l’ampleur prise par le phénomène complotiste, encore anecdotique il n’y a pas si longtemps. A la manière d’une pieuvre, ses manifestations enserrent de plus en plus étroitement nos sociétés, avec danger imminent d’étouffement. Si bien qu’on est désormais sommé de les prendre au sérieux en dépit d’eux-mêmes, ceux d’aujourd’hui comme ceux d’hier, du plus léger au plus mortifère: de l’enlèvement rocambolesque de la petite Mia aux délires de Mein Kampf réédité, en passant par les scénarios cachés du Covid-19. Il faudrait avoir le temps et la patience de les ausculter un à un, moins pour ce qu’ils disent littéralement sur un mode tonitruant que pour ce qu’ils révèlent malgré eux, derrière leur écran de fumée. Comment expliquer ce besoin désordonné de sens qu’ils manifestent et les dérives qu’il engendre?