Porté par son enthousiasme, Marco Solari parle du «700e anniversaire» du Festival de Locarno. Il confond avec l’anniversaire de la Confédération dont il avait été un des artisans il y a un quart de siècle. Il a toutefois des raisons de se voir grand: si la manifestation tessinoise ne célèbre que sa 70e édition, elle a tout de la success-story.

Après une crise financière et artistique en 2000, le festival n’a cessé de se fortifier. «Le mot clé est confiance, dit le président. Le public, les autorités, les milieux économiques, la presse, tous ont fait confiance au festival, tous ont respecté son autonomie artistique et culturelle.» Le timbre à l’effigie du léopard emblématique, le nouveau billet de 20 francs affichant l’écran géant de la Piazza Grande sont deux gages de l’importance de Locarno, «symbole de la créativité en Suisse». Cette année, en plus, le festival étrenne de nouvelles infrastructures: le PalaCinema, un vieux projet qui voit enfin le jour, offre trois nouvelles salles; et l’Ex-Rex, rénové, devient le Nouveau Rex.

Léopard bondissant

Sur le logo redessiné, le léopard bondit par-dessus le chiffre «70», un saut prodigieux dont la courbe unit le passé (une rétrospective Jacques Tourneur) et l’avenir. Le président Solari affiche une «profonde satisfaction», que tempère une «légère inquiétude». La numérisation du monde progresse à toute allure et «la question se pose: comment la jeune génération va-t-elle consommer du cinéma, des images?».

Pour répondre aux défis du futur, il a convoqué un advisory board, soit une bande de huit jeunes gens entre 18 et 23 ans, venus de Suisse, de France, d’Italie, d’Ecosse, d’Irlande ou de Colombie, certains proches des milieux du cinéma, d’autres non, qui auront pour mission de critiquer l’offre faite aux festivaliers. Cinéphile invétéré, Nicolas Raffin termine un master en cinéma à Londres. Il dirige ce conseil consultatif auquel il n’est pas demandé «de la bienveillance, mais de l’esprit critique». Pour le conseiller juvénile en stratégie festivalière, la manifestation a évidemment le défaut de coûter cher; et tous les jeunes apprécieraient que les films soient disponibles en ligne. «Les festivals ne cesseront pas d’exister, estime-t-il, mais ils occuperont des niches pour les nostalgiques du grand écran.»

Paradis sur la Piazza

En attendant le jour où nous absorberons des images en streaming dans la quiétude de nos chambres aux volets clos, le Locarno Festival s’apprête à montrer une centaine de films sélectionnés sur les 4000 qu’ont visionnés Carlo Chatrian et ses comités. Le directeur artistique ne boude pas pour autant la modernité, puisqu’il affirme ne pas faire de distinction entre films de télévision et de cinéma. Il évoque aussi une série de très courts métrages (moins de 70 secondes), collectés sur le Web, dans lesquels des spectateurs relatent une projection marquante.

La Compétition internationale accueille 18 longs-métrages, dont quatre documentaires, venus de trois continents. Noémie Lvovsky ouvre les feux sur la Piazza avec Demain et tous les autres jours. Cette chronique familiale entérine le renouveau qualitatif du programme en plein air, déjà observé l’année passée: des films de qualité plutôt que des feelgood movies sirupeux. Entre autres Good Time, des frères Safdie, The Big Sick, de Michael Showalter ou Atomic Blonde, de David Leitch. Du glamour? Affirmatif! Avec Fanny Ardant, Adrian Brody, Nastassja Kinski ou Vanessa Paradis…


Locarno Festival. Locarno. Du 2 au 12 août.