Cinéma

A Locarno, Black Light fait la lumière sur le cinéma noir

La rétrospective du festival, qui commence mercredi 7, présente un panorama du cinéma noir

On attendait Blake Edwards, mais les ayants droit du cinéaste ont demandé un délai. Le Locarno Film Festival a donc avancé la rétrospective thématique de 2020. Black Light propose un panorama du cinéma noir à travers des auteurs cultes, des films emblématiques de la «blaxploitation» des années 70 ou des œuvres réfléchissant une époque politique. Cette sélection a pour objectif de dépasser la question noire en tant qu’identité ou problème social et d’explorer l’imaginaire des réalisateurs. Soucieux d’analyser le défi d’être Noir en dehors de la société africaine, le curateur, Greg de Cuir Jr., a pris le Passage du milieu comme ligne de démarcation et travaillé sur les endroits où les peuples africains ont été déportés.

Déplorant qu’au XXIe siècle des œuvres brillantes des réalisateurs noirs soient toujours jaugées par rapport à leur validité sur le marché international, il note dans Black Light A Retrospective on International Black Cinema (Capricci) que «le cinéma noir ne peut se limiter à la représentation d’un corps noir devant ou derrière la caméra, mais doit se discuter en termes d’esthétique, de politique, d’éthique». D’autres théoriciens désamorcent la tendance à ne faire du «black» de l’expression «black film» qu’un déterminant biologique et jamais une proposition formelle. Et rappellent que le champ des études cinématographiques a été défini par des hommes blancs hétérosexuels…

La lumière noire, «black light» en v.o., repère les faux billets et révèle les taches de sang. Puisse-t-elle réparer une profonde injustice culturelle à Locarno. Où, parmi 47 longs métrages, sera projeté Within Our Gates (1919), d’Oscar Micheaux, pionnier du cinéma africain-américain, qui répond à cette apologie du racisme qu’est Naissance d’une nation de Griffith (1915) – cité dans BlacKkKlansman par Spike Lee dont on peut revoir She’s Gotta Have It. Black Light montre aussi Orfeu Negro de Marcel Camus (l’amour plus fort que la mort au carnaval de Rio), White Dog de Samuel Fuller (la rééducation d’un chien dressé pour attaquer les Noirs), Boyz n the Hood de John Singleton (les gangs de LA), ainsi que Jackie Brown de Tarantino et Ghost Dog de Jarmusch…

Sans oublier Borderline (1930), tourné par Kenneth Macpherson entre Lutry et Territet avec l’acteur et chanteur Paul Robeson. Les habitants de Lutry se penchaient à leur fenêtre pour apercevoir ce prodige qu’était un homme de couleur, une espèce alors inconnue en Lavaux…

A propos de cette édition: Lili Hinstin, directrice artistique du Locarno Film Festival: «J’ai une totale confiance dans le public» 

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