Un sous-sol confortable dans le très cosy quartier zurichois d'Enge: le repaire d'Alex Kirschner casse l'image sombre et industrielle liée à l'univers des studios. De sa table de mixage, le compositeur zurichois peut poser son regard sur un vaste jardin qui descend vers la ville. Un voisinage reposant, essentiel à l'équilibre du musicien. Dans le couloir d'entrée, un snowboard, un vieux baromètre, un canapé bleu en parfait état. Pas de cendrier glouton, de bouteille de Jack Daniels mais une machine à espresso mise à forte contribution ces derniers mois. Alex Kirschner vient de terminer son projet le plus ambitieux. Un album intitulé Atlas: a global journey, mêlant sonorités synthétiques et traditionnelles. Enregistré sur une période de près de six mois, ce disque réunit les talents d'artistes aussi différents qu'Andreas Vollenweider, Franz Treichler (des Young Gods), la chanteuse alémanique Corinne Curschellas, Charlie May (ex-membre du duo électronique Spooky), le producteur Roli Mosimann ou le joueur de guimbarde Anton Bruhin. Un casting éclaté qui correspond bien à l'esprit nomade du compositeur zurichois. S'il manipule avec finesse les sonorités les plus diverses, osant une osmose délicate entre machines et instruments traditionnels, Alex Kirschner sait aussi évoluer avec adresse d'un univers musical à l'autre. Bandes-son, habillage sonore pour des publicités, créations originales: le musicien jongle avec les activités les plus diverses. Aujourd'hui, le Festival de Locarno va célébrer son talent de compositeur de musique de film. Le Zurichois y reçoit le prix de la meilleure B.O., pour son travail sur le film Irrlichter du cinéaste suisse Christoph Kühn. Une récompense de quelque 10 000 francs, octroyée par la Fondation Suisa pour la musique.

Retour dans le studio. Pause-thé. Alex Kirschner déplie ses longues jambes, des mesures d'Atlas: a global journey résonnent dans l'espace. Les rythmes s'entrechoquent, les plages se superposent. Musicien d'obédience jazz, Alex Kirschner a découvert la musique très tôt. A 3 ans à peine, il était fasciné par les instruments de musique, dont il connaissait les formes les plus diverses. Rapidement, il apprend le piano, le saxophone et la guitare. «Je me suis mis à la musique de manière plus sérieuse dès mon adolescence, lorsque j'ai découvert le jazz.» Suivent alors des études au Berklee College of Music, à Boston. «Des musiciens comme Keith Jarrett, Herbie Hancock ou John Schofield ont étudié dans cet institut. Mais ce que l'on sait moins, c'est que tous ces musiciens ont quitté le lieu avant d'avoir obtenu leur diplôme.» De retour à Zurich, Alex Kirschner joue dans divers groupes de jazz, s'aguerrit toujours plus à l'écriture musicale. «Je suis venu à l'univers des bandes-son par passion pour le cinéma. Je voulais devenir une sorte de Mercure, être le messager des émotions du cinéaste. Ce travail en retrait me plaît. Je n'ai pas besoin d'être au premier plan. Avec mes 2 mètres de haut, je suis constamment en point de mire.»

Admirateur du travail de Ryuichi Sakamoto et plus particulièrement de sa musique pour Love is the Devil, le film de John Maybury orchestré autour de la vie de Francis Bacon, Alex Kirschner apprécie les bandes-son qui transportent le spectateur tout en le dérangeant insidieusement. «Si la révolution technologique n'avait pas eu lieu, je n'aurais jamais fait de musique de film. Je ne sais pas travailler avec des partitions. J'aime les multiples possibilités d'improvisation que les machines permettent.» Parallèlement à son travail pour le cinéma, Alex Kirschner a conçu l'univers sonore de nombreuses publicités TV. Il a notamment créé l'habillage musical des récents clips d'Orange, de Swisscom ou d'Helsana. Son album Atlas: a global journey a par ailleurs été financé par la firme ABB. La multinationale entendait changer d'image et refléter la dimension universelle de ses activités. «ABB m'a accordé un budget de 250 000 francs afin de réaliser ce projet. Il voulait au départ que je compose un album world, associant des musiciens suisses et étrangers. J'ai insisté pour que l'univers général soit très électronique.» 15 000 exemplaires d'Atlas: a global journey ont été remis aux employés du groupe, Alex Kirschner gardant les droits pour une exploitation suisse et internationale de l'album.

L'œuvre en question a été conçue dans le petit studio du compositeur, les chanteurs et musiciens se succédant dans les locaux. «La collaboration n'a pas toujours été facile. Parfois le contact avec l'artiste s'est avéré difficile. Notamment avec Andreas Vollenweider qui était peu réceptif à un mélange électronique et acoustique. Il a fallu remanier plusieurs fois certaines compositions. Les dernières semaines, nous avons travaillé parallèlement dans trois studios différents pour terminer le disque dans les délais.»

Alex Kirschner presents Atlas: a global journey (Knirschlab recordings – Musikvertrieb).