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Sibel (Damla Sönmez), la belle rebelle.
© DR

Cinéma

A Locarno, le cinéma célèbre le courage des femmes

Diane, Sibel, Alice… Trois femmes, trois âges de la vie, trois cultures. Mais une même détermination à affronter de face les revers de l’existence. Plusieurs films de la Compétition sont des lettres d’amour aux femmes

Le Festival de Locarno a signé une charte l’engageant à respecter une représentation égalitaire des sexes. Plusieurs films en Compétition ont un prénom de femme pour titre et une femme pour protagoniste. Chacune de ces femmes est pleine de vaillance. Diane l’Américaine, Sibel la Turque et Alice la Roumaine ne sauvent pas la planète comme Superwoman, Black Widow et autres Atomic Blondes, mais luttent pour trouver leur place dans un monde plus juste, plus digne.

Sombre Diane

Diane (Mary Kay Place) vit en hiver dans le Massachusetts, et au soir d’une vie qui épousait jadis les couleurs de l’utopie hippie. Elle a un fils, Brian, couch potato alcoolique dont elle remplit le frigo et qui la remercie en aboyant des insultes. Elle passe du temps à l’hôpital, où sa cousine Donna se meurt. Elle travaille comme bénévole à la soupe populaire. La fatigue se lit sur son visage. Elle aimerait préserver ceux qu’elle aime de la faim, de la solitude, du malheur. C’est dur. Les funérailles rythment les jours déclinants, Donna s’en va, Bobbie, la copine pétulante, s’en va… Brian finit par réussir sa désintox, mais c’est Jésus qui coule désormais dans ses veines et il veut absolument convertir sa mère…

Un soir, pour conjurer le deuil, elle part se mettre minable au bar du coin, s’enfilant des margaritas tandis que le juke-box déverse la grande musique électrique de la deuxième partie du XXe siècle. Diane n’est pas une sainte, elle essaie juste de faire sa part de job tandis que s’amassent les ombres du soir. Kent Jones cultive les images sombres pour raconter cette destinée finissante empreinte de mélancolie mais encore vibrante de compassion et d’amour.

Belle Sibel

Sibel (Damla Sönmez), si belle avec son visage félin et ses yeux d’une vertigineuse intensité, est différente des autres filles de ce village isolé des montagnes de la mer Noire, en Turquie. Elle marche la tête haute, son foulard autour du cou; une fièvre infantile l’ayant privée de la parole, elle communique en sifflant – un dialecte ancestral encore usité dans la région. Elle passe le plus clair de son temps dans les bois obscurs, fusil au poing. Elle finit par voir le loup qu’elle traque: c’est un déserteur. Elle le soigne, ment à la police qui recherche un terroriste. Lorsqu’il disparaît, elle se frappe vainement la gorge pour qu’un cri puisse en jaillir.

Le père de Sibel est maire du village et adepte d’un patriarcat modéré. Lorsque les frasques de la sauvageonne «salissent l’honneur de la famille et ruinent la vie» de la fille cadette (mariage annulé), une violence ancestrale refait toutefois surface.

Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, couple franco-turc, racontent une histoire purement contemporaine qui puise son inspiration dans une symbolique ancienne, comme la Roche de la Mariée où se déroulaient autrefois les noces, la bestialité qui n’est pas l’apanage du loup, voire le jardin d’Eden quand Sibel tue un serpent. Au dernier plan, le long regard qu’échangent la rebelle et une fille sage augure un changement espéré: la fin de l’hégémonie masculine.

Folle Alice

Alice (Andrea Guti), de Bucarest, est la plus jeune et la plus folle des trois femmes de la Compétition. Elle a 16 ans, les cheveux rouges et un ardent caractère. Insolente à l’école («élève à problèmes»), elle mène sa vie comme elle l’entend et rend dingues ses parents adoptifs. Pour que la coupe soit pleine, la mère découvre au détour d’un SMS que sa fille est enceinte. L’avortement s’impose comme la solution la plus raisonnable. Alice s’y oppose vigoureusement. Elle veut garder l’enfant, comme la loi l’y autorise.

Sur internet, elle a trouvé la recette et les produits permettant de bricoler un petit avortement à domicile. Lorsqu’elle retourne faire une échographie, l’écran affiche un vide. Ressentant soudain ce creux, la gamine entre en pleurant dans l’âge de raison.

Dans Alice T., Radu Muntean met en scène une violence psychologique (la mère exigeant d’Alice qu’elle fasse un test de grossesse devant elle, Alice se liquéfiant en hémorragies libératrices) égale à l’exubérance de la rouquine allumée. Le cinéaste s’abstient de tout message moraliste: les conneries de la jeunesse sont ce qu’elles sont, la maturité ne garantit pas la connaissance. Alice est une tête à baffes de première catégorie, mais elle est vivante, elle est vraie. Pour elle, pour Diane et pour Sibel, l’envie nous vient d’entonner à pleins poumons, mais sans chevroter, le fameux refrain de Julien Clerc: «Femmes, je vous aime»…

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