Courts métrages

Locarno Festival: même les Léopards d’or ont commencé petits

La relève du cinéma suisse commence dans la section Pardi di Domani qui présente treize courts métrages, premières œuvres ou films de diplôme. Les défauts des débutants s’effacent devant les fulgurances de la jeunesse

A Locarno, l’avenir du cinéma se prononce «pardino», petit léopard. Le festival s’étant toujours partagé entre la mémoire (Rétrospective) et l’avenir (découverte de nouveaux talents), il a créé au début des années 1990 la section Pardi di Domani, dévolue aux futurs grands cinéastes, du monde et de Suisse. Cette année, le Concorso nazionale propose treize courts métrages, premiers films ou films de diplôme, plutôt prometteurs.

Commençons par le pire, une caricature de premier film hautain et paresseux, Monte Amiata, de Tommaso Donati. Une suite de cadrages serrés sur un complexe architectural lugubre, de rares personnages filmés de dos ou de loin. Il y a peut-être une référence à l’immigration, mais ce n’est pas sûr et de toute façon non avenu. Poursuivons par le médiocre Abigaïl, de Magdalena Froger, une mise à jour du cinéma de la dérive dans laquelle une créature androgyne baguenaude en silence sur les bas-côtés de la route et de la raison. Plus tard une autre créature, plus féminine, se met en marche. Blondin et Blondine opèrent leur jonction amoureuse entre chien et loup, et voilà.

Carrousel poétique

Trois films d’animation sont au programme. Circuit, de Delia Hess, imprime un mouvement rotatif aux poissons, aux oiseaux, aux nageuses et au planétoïde sur lequel se déroule ce carrousel poétique, rappelant le mouvement perpétuel des films de Georges Schwizgebel. Réalisé en stop motion, HIER, de Loïc Kreyden, ressemble plus à une démo qu’à autre chose: il met en scène un bonhomme plutôt réaliste qui mime les actions de la journée, cuisine, pluie, métro, dans un décor neutre. Et à travers une série de dessins fouillés, Claudius Gentinetta brosse dans SELFIES un état de la dinguerie du monde à travers la mode de l’autoportrait téléphonique compulsif.

Elena Lopez Riera a trouvé un beau sujet de documentaire, à savoir les courses de pigeons qui, dans la région de Valence, n’ont pas pour but la vitesse, mais le désir amoureux que le mâle a de rejoindre sa compagne. Malheureusement, Los que desean souffre d’une image quelconque et de plans inintéressants sur les colombophiles plutôt que sur les volatiles peints aux couleurs de l’arc-en-ciel. Laurence Favre, dans In Loving Memory of the Future, réinvente le passé en plaquant un commentaire contemporain mélancolique sur des home movies des années 1950.

Enfin, Jela Hasler a l’œil pour repérer la cocasserie constitutive des mouvements circulatoires à Paris. Dans Le sens de la marche, le métro aérien croise deux agents de la police montée et les piétons sur le pont le bateau-mouche sous le pont. Cette poésie presque trop ténue évoque Jacques Tati.

Noirceur excessive

Le réalisme social s’invite avec Les îles de Brissogne, de Juliette Riccaboni, qui s’attache aux pas d’Angiolino, un demeuré brutal, et d’Aurora, sa sœur frêle que la vie a durcie. On croit comprendre qu’elle l’a fait échapper de l’institut. Elle se vend aux routiers sur des aires autoroutières sinistres. Il lui sert de bodyguard jusqu’au jour où une pulsion sexuelle incontrôlable le rend dangereux. La noirceur excessive de cette tranche de vie empêche d’y adhérer pleinement.

Un souffle fantastique passe sur plusieurs réalisations. Dans EVA, entre douceur onirique et noirceur du sentiment de culpabilité, Xheni Alushi met en scène une adolescente mélancolique: elle n’a pas réussi à sortir de l’eau à temps son petit frère qui se noyait. Il est à l’hôpital, dans le coma. Elle broie du noir. Sur le carrelage de la salle de bain, elle découvre une inquiétante flaque grisâtre. C’est une porte ouverte sur le royaume des elfes de l’eau. Eva plonge dans ce trou noir…

On frappe à la porte de Gregor. La police veut passer par le balcon pour entrer dans l’appartement d’à côté dont le voisin ne donne plus signe de vie. Il est mort depuis deux ans, liquéfié dans la moquette. Gregor sombre dans des affres de perplexité et de culpabilité. A minuit, il se faufile dans l’appartement et ne trouve plus la sortie. Fait divers fait penser au Locataire de Polanski. Il y a pire comme référence.

Belle et nue

Ici le chemin des ânes a tout du documentaire avec ses énormes machines de chantier, ses ouvriers au regard tendu vers l’explosion d’une paroi rocheuse. La pierre dénudée révèle un buste humain pris dans sa gangue de schiste. Dans une atmosphère paranoïaque, les archéologues sécurisent le site. L’homme qui a trouvé l’artefact et caressé sa joue millénaire développe une obsession pour cet objet venu du fond des âges. A la fin, un spectateur a lancé: «La suite!» C’est vrai que ce trop court récit de Lou Ramber Preiss excite la curiosité. Il contient le germe d’une histoire qu’on aimerait voir développée, au cinéma voire en série télévisée.

Réalisé avec sobriété et délicatesse, tourné en décor naturel, La Source réunit deux moniales unies par de tendres liens. Anna prie pour Lisbeth, qui cache sous des bandelettes de momie la lèpre qui la ronge. Elle va s’immerger dans une source, peut-être celle qui jaillit au dernier plan du film homonyme de Bergman, et ressort belle et nue telle Vénus. Mais la maladie n’a pas dit son dernier mot dans le poème d’amour sensuel et cruel que propose Yatoni Roy Cantû.


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