Les hommes sont des enfants pour lesquels les femmes, attendant vainement qu'ils grandissent, acceptent de se sacrifier. Depuis le début de la compétition, deux films, pas des meilleurs, avaient décliné cette thématique. L'un en Inde (Mankolangal de Subrahmanian Santakumar), l'autre à Los Angeles (Baby Boy de John Singleton). Love the Hard Way enfonce le clou une troisième fois sans relever le niveau et en le plantant à New York, avec le coup de main d'un cinéaste allemand inspiré par un roman chinois (Yi ban shi yan, yi ban shi hai shui de Wang Shuo). Le tout avec une distribution internationale, qui aurait pu se révéler enthousiasmante si elle privait définitivement le projet de toute nationalité et, plus grave, de toute identité. Love the Hard Way voit donc les comédiens Adrien Brody, Jon Seda, Charlotte Ayanna et surtout la reine de la blaxploitation Pam Grier (déguisée en Tina Turner période Mad Max) incarner sans conviction l'histoire d'une étudiante qui se prostitue pour que son amour, un arnaqueur minable qui se prend pour Nicholas Cage dans Sailor et Lula (veste en peau de serpent comprise), puisse continuer à racketter des touristes surpris en mauvaise posture.

Malgré le talent qu'il avait démontré en 1993 avec Kaspar Hauser, Léopard de bronze à Locarno, Peter Sehr ne parvient pas à faire monter la sauce. Ne subsistent que des grumeaux d'idées caillées par une mise en scène sans génie et une coproduction internationale peu convaincante. Fallait-il vraiment aller jusqu'en Amérique pour décrocher la lune avec un roman chinois?