Ferveur et émotion lundi soir à Locarno, qui accueillait l'actrice suisse Anne-Marie Blanc, née à Vevey le 2 septembre 1919. Le film biographique réalisé par l'écrivain Anne Cuneo tentait pour sa part de rappeler combien le parcours professionnel de la comédienne ne se limite pas à son fameux personnage dans Gilberte de Courgenay (film de Franz Schnyder, 1941) regonflant le moral des soldats suisses durant la Première Guerre mondiale.

Célèbre outre-Sarine et en Allemagne pour ses interprétations scéniques de Shakespeare ou de George Bernard Shaw, Anne-Marie Blanc, après une jeunesse bernoise, débuta au Schauspielhaus de Zurich à la fin des années 30. De père vaudois et de mère genevoise, l'actrice fit pourtant l'essentiel de sa carrière en Suisse allemande. Curieusement, Anne Cuneo ne mentionne pas la prestation francophone d'Anne-Marie Blanc dans L'allégement de Marcel Schübpach en 1983. «Il fallait faire des choix», affirme la réalisatrice, dont le film est soutenu comme «un modèle du genre» par la SSR idée suisse et son président Armin Walpen, grand maître de cérémonie lundi soir lors d'un cocktail qui réunissait tout le gratin politico-culturel rassemblé au Tessin. «Ce soir, toutes les femmes sont belles, devait déclarer Marco Solari au nom du Festival. Mais la plus belle de toutes est sans conteste Anne-Marie Blanc…»

Rayonnante en veste et pantalon d'une blancheur immaculée, la vieille dame accepte avec un sourire discret les fleurs et les applaudissements. «Cette journée à Locarno est le sommet de ce qui peut arriver à quelqu'un en Suisse», déclare la comédienne reconnaissante. Celle qui refusa le contrat qu'Hollywood lui fit miroiter dans ses belles années est apparemment sans regrets.

Intitulé La petite Gilberte, Anne-Marie Blanc comédienne, le film d'Anne Cuneo sera sans doute visible sur la TSR. Il fait comprendre la passion théâtrale de l'actrice au visage angélique et à la ténacité athlétique. Dommage qu'il n'ait pas bénéficié d'une réalisation plus élaborée.