«Toujours plus grand», annonçait Marco Solari, président du Festival de Locarno, mercredi en conférence de presse. La manifestation s'ouvrira en effet, le 6 août, avec un budget de 400 000 francs supérieur à celui de l'an dernier (soit 9,2 millions). Et, surtout, de quoi rassasier de mille manières les 180 000 à 200 000 spectateurs attendus. Rassasier pour ne pas dire gaver: la sélection 2003 est une mosaïque énorme, dont le sens apparaîtra peut-être à tous ceux qui auront eu la chance de l'admirer ou de la juger jusqu'au 16 août, date de la clôture.

Alors qu'elles viennent de signer à nouveau pour 2004, comme annoncé hier, Irene Bignardi, directrice du festival, et son assistante Teresa Cavina ont en effet concocté un menu gargantuesque où la plus merveilleuse comédie musicale hollywoodienne (Tous en scène, de Vincente Minnelli, 1953) côtoiera, sur la Piazza Grande, l'art vidéo le plus radical (Cremaster III, de Matthew Barney). Un choc des images accentué par la quasi absence, à l'arbitrage, du cinéma américain: un seul film en compétition, à peine plus sur la Piazza et aucune superproduction récente.

Pour couvrir tout le spectre des images en mouvement, des plus lisses aux plus rugueuses, le festival a multiplié les programmes. Les grandes sections traditionnelles d'abord: la Piazza Grande et ses 18 films; la compétition et ses 20 œuvres de 17 pays différents; la rétrospective et ses 115 déclinaisons du thème «jazz et cinéma» (sous l'appellation All That Jazz), regroupant aussi bien des longs métrages que des courts animés de Tex Avery.

Les sections, ensuite, qui se sont greffées ces dernières années sur la manifestation: la compétition vidéo (19 films dont le très attendu Harun Farocki); Cinéastes du présent (28 films en pellicule 35 mm, 25 en vidéo); les Léopards de demain, section des courts métrages où seront confrontées les productions suisses (16 courts en compétition, 12 en programme spécial) et scandinaves, région invitée pour une compétition (27 films) et une rétrospective (51 dont des travaux de Bergman, Kaurismäki ou Dreyer); la représentation habituelle du cinéma suisse avec Cinéma suisse redécouvert et le programme Appellation Suisse.

Présence d'Ennio Morricone

Et puis s'ajoutent les programmes spéciaux, tous alléchants: Cuba à l'honneur (18 films), jeunesse argentine fêtée (l'occasion d'un workshop), un Programme Human Rights élaboré avec le Département fédéral des affaires étrangères (40 films et 47 autres à visionner en vidéothèque), sans oublier la Semaine de la critique (7 docu-fictions), ainsi que l'atelier du festival, In Progress, ses installations vidéo. Ses conférences aussi autour du thème musique et cinéma en présence, entre autres, d'Ennio Morricone.

Enfin, pour qui apprécie les «grands moments d'émotions», une pluie d'hommages: aux 10 ans de la mort de Fellini, aux 100 ans de Vincente Minnelli, à Ken Loach (Léopard d'honneur 2003) ou encore au «producteur indépendant de l'année» (la productrice zurichoise de Godard, Ruth Waldburger).

Bref, courts, longs et vidéo art confondus, calculette en main (ce que les programmateurs détestent), Locarno 2003 proposera – en arrondissant – 450 œuvres et expériences de tous types. Comme le soulignait Irene Bignardi mercredi: «Aucun des tout grands comme Cannes, Venise ou Berlin ne peut se permettre une telle liberté, parce qu'ils sont d'abord concentrés sur les stars.» Reste donc à chaque festivalier l'embarras du choix pour cueillir, pendant dix jours intenses, un bouquet infime, forcément, de Locarno 2003.

56e Festival international du film, Locarno, du 6 au 16 août. Rens.: 091/756 21 21. http://www.pardo.ch